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Aphorismes (Oscar Wilde) : Extraits

Traduction : Bernard Hoepffner

Le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort.

Les femmes sont faites pour être aimées, pas pour être comprises.

Il est absurde de se donner des règles absolues sur ce qu’il faut lire et ce qu’il ne faut pas lire. Plus de la moitié de la culture moderne repose sur ce qu’il ne faut pas lire.

Les femmes, comme l’a dit quelqu’un, aiment avec leurs oreilles, les hommes, eux, aiment avec leurs yeux, s’il leur arrive jamais d’aimer.

Mieux vaut être beau que bon, mais mieux vaut être bon que laid.

Rien n’a l’air aussi innocent qu’une indiscrétion.

On peut supporter l’adversité, elle vient de l’extérieur et n’est qu’accidentelle. Tandis que souffrir pour les fautes qu’on a commises — ah ! c’est là que la vie nous blesse.

Seule la beauté est à l’abri des outrages du temps. Les philosophies s’effritent comme du sable, les croyances se succèdent les unes aux autres, mais ce qui est beau est une joie en toutes saisons, une jouissance éternelle.

Les question ne sont jamais indiscrètes ; les réponses le sont parfois.

Une femme qui a aimé pendant vingt ans ressemble à une ruine ; mais vingt ans de mariage font d’elle une sorte de bâtiment public.

Il n’existe qu’une certitude définitive sur la nature humaine, elle est changeante.

N’importe qui peut compatir aux souffrances d’un ami, mais seule une personne dotée d’une nature exceptionnelle est capable de se montrer sensible au succès d’un ami.

L’égoïste n’est pas celui qui vit comme il lui plaît, c’est celui qui demande aux autres de vivre comme il lui plaît ; l’altruiste est celui qui laisse les autres vivre leur vie, sans intervenir.

Un homme qui ne pense pas par lui-même ne pense pas du tout.

Prétendez-vous bon et l’on vous prendra très au sérieux. Prétendez-vous mauvais et il en ira autrement. Telle est l’effarante stupidité de l’optimisme.

De nos jours, il est fort dangereux pour un mari de donner la moindre preuve d’attention à sa femme en public. Les gens pensent toujours qu’il la bat quand ils sont seuls. Le monde est devenu tellement méfiant envers tout ce qui ressemble à un mariage heureux.

Les comédiens ont bien de la chance. Ils peuvent choisir de jouer dans une tragédie ou dans une comédie, de souffrir ou de se divertir, de rire ou de verser des larmes. Ce qui est différent de la vie réelle. La plupart des hommes et des femmes sont obligés d’y tenir des rôles pour lesquels ils n’ont aucune qualification. Le monde est une scène de théâtre, mais les rôles ont été mal distribués.

Les hommes connaissent la vie trop tôt ; les femmes connaissent la vie trop tard — c’est là toute la différence entre les hommes et les femmes.

Une seule chose au monde est pire que de savoir qu’on parle de vous, savoir qu’on ne parle pas de vous.

La vie n’est gouvernée ni par la volonté ni par l’intention. La vie est une affaire de nerfs, de fibres et de cellules lentement amassées, c’est là que se cache la pensée, là que la passion vit ses rêves.

L’homme est un être aux vies innombrables, aux sensations innombrables, une créature complexe et multiforme qui porte en elle-même d’étranges héritages de pensée et de passion, et dont la chair même est infectée par les monstrueuses maladies des morts.

Tant qu’une femme peut donner l’impression d’avoir dix ans de moins que sa propre fille elle est parfaitement satisfaite.

Les tragédies des autres contiennent toujours des éléments de médiocrité infinie.

J’ai toujours pensé qu’un homme qui désire se marier devrait soit tout savoir soit ne rien savoir.

Si la classe ouvrière ne nous montre pas le bon exemple, à quoi diable peut-elle bien servir ? Elle donne l’impression, dans l’ensemble, de n’avoir aucun sens de la responsabilité morale.

La pire besogne a toujours été accomplie avec les meilleures intentions.

Pourquoi parlez-vous de la vie avec tant de frivolité ?
Parce que je pense que la vie est une chose bien trop importante pour qu’on puisse en parler avec sérieux.

Quel dommage que nous ne tirions les leçons de la vie que quand elles ont cessé de nous être utiles.

La famille n’est qu’une horde de parents assommants qui ignorent tout à fait comment vivre et sont incapables de deviner quand ils devraient mourir.

Mon expérience m’a appris que dès que les gens sont suffisamment âgés pour savoir à quoi s’en tenir, ils ne savent plus rien du tout.

La vérité est une chose des plus compliquées, la politique une affaire des plus compliquées. Il est difficile de saisir tous ces rouages. On peut avoir certaines obligations envers des gens, dont il faut s’acquitter. En politique, tôt ou tard, il faut faire des compromis. Tout le monde en fait.

Les hommes sont capables d’aimer ce qui est indigne d’eux — ce qui est bas, souillé, déshonoré. Nous, les femmes, quand nous aimons, nous adorons ; et quand nous avons perdu notre adoration nous avons tout perdu.

Le principe de base du mariage est une incompréhension mutuelle.

Il y a des moments où il faut choisir entre vivre sa propre vie pleinement, entièrement, complètement, ou traîner l’existence dégradante, creuse et fausse que le monde, dans son hypocrisie, nous impose.

L’amour romanesque est le privilège des riches et non l’occupation des sans-emploi. Les pauvres devraient être prosaïques et avoir le sens pratique.

Une rencontre qui débute par un compliment va nécessairement se transformer en amitié véritable. Elle commence comme il faut.