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Robert Burton : Mélancholie de l’Anatomie

(Extrait)

Editions José Corti, 2000

SUBDIVISION 15

Amour de l’érudition ou abus d’étude. Avec une digression sur la misère des hommes de lettres et la raison de la mélancolie des muses

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Buste de Robet Burton
© Chloé Pettersson



Leonhart Fuchs [1], Felix Platter [2] et Hercule de Saxonie [3] mentionnent le délire maniaque particulier que provoque l’abus d’étude. Selon Fernel, l’étude, la contemplation et la méditation permanentes sont une cause spécifique de folie [4], ce qu’il répète d’ailleurs dans sa 86e consultation [5] Giovanni Arculano cite, entre autres causes de cette maladie, l’étude passionnée [6], de même que Liévin Lemmens, qui déclare que nombreux sont ceux qui souffrent de mélancolie du fait d’études continuelles [7] qui les maintiennent éveillés la nuit ; elle touche d’ailleurs davantage les hommes de lettres que toute autre personne [8], et Rhazès précise encore qu’il s’agit de ces personnes qui, en général, ont l’esprit le plus fin [9]. Marsile Ficin place la mélancolie parmi les cinq maux principaux qui frappent ceux qui étudient [10], c’est une calamité qui les touche tous fréquemment et, dans une certaine mesure, elle est leur compagne inséparable. C’est sans doute pour la même raison que Varron parle de philosophes tristes & sévères [11], que les hommes de lettres se voient si souvent qualifiés d’austères, de tristes, secs et lugubres et que Patrizzi refuse de les admettre au nombre des meilleurs étudiants [12]. Car (selon Machiavel [13]) l’étude affaiblit leur corps, émousse leur esprit, diminue leur force et leur courage ; d’ailleurs les brillants érudits ne font jamais de bons soldats, ce qu’avait fort bien compris ce Goth qui, lorsque ses concitoyens arrivèrent en Grèce & voulurent brûler tous les livres de ce pays, déclara : laissez-leur ce fléau car, avec le temps, il consumera toute leur vigueur et toute leur force martiale [14]. Les Turcs forcèrent Korkoud, le prétendant à l’empire, à abdiquer parce qu’il passait trop de temps dans ses livres [15] et, dans le monde entier, on estime généralement que l’érudition émousse et diminue les esprits vitaux et que per consequens, elle provoque la mélancolie.

Deux raisons majeures peuvent expliquer pourquoi les personnes qui s’adonnent aux études sont plus souvent que d’autres touchées par cette maladie. La première est qu’elles vivent de façon sédentaire et solitaire, uniquement occupées de leur personne et des Muses [16], qu’elles ne pratiquent ni exercice physique ni aucun de ces divertissements qui délassent les autres hommes ; il s’ensuit donc que souvent, bien trop souvent, lorsque le mécontentement et l’oisiveté s’y ajoutent, elles se retrouvent brutalement précipitées dans ce gouffre. Mais l’explication la plus fréquente est l’abus d’étude ; Festus s’est écrié : Vous êtes insensé, Paul, votre grand savoir vous met hors du sens [17] ; et c’est cette autre exagération qui en est la cause. Trincavelli l’a bien compris grâce à deux de ses patients, un jeune baron et une autre personne, qui avaient contracté cette maladie du fait d’études trop passionnées [18]. De même Foreest lorsqu’il examina un jeune théologien de Louvain, lequel était devenu fou et prétendait avoir une Bible dans la tête [19]. Marsile Ficin donne quantité de raisons pour expliquer pourquoi les étudiants sont plus souvent frappés de folie que d’autres ; la première est leur négligence : dans les autres professions, chacun prend soin de ses outils, le peintre lave ses pinceaux, le forgeron entretient son marteau, son enclume, sa forge, le laboureur répare sa charrue et affûte sa hachette quand elle est émoussée, le fauconnier ou le chasseur veille tout particulièrement sur ses faucons, ses chiens, ses chevaux, &c., le musicien démonte et remonte les cordes de son luth, &c., mais les hommes de lettres, eux, négligent leurs outils de travail, je veux dire le cerveau et l’esprit dont ils font usage quotidiennement et grâce auxquels ils parcourent le monde entier ; des études abusives finissent par les consumer [20]. Prends garde qu’en voulant trop la tendre, tu ne casses la corde, nous prévient Lucien [21]. Ficin donne d’autres raisons dans son quatrième chapitre : Saturne et Mercure, protecteurs du savoir, sont des planètes sèches ; & Tost explique pareillement la pauvreté des mercurialistes, lesquels sont le plus souvent des mendiants : Mercure, leur président, ayant lui aussi été abandonné par la chance [22]. S’étant d’abord occupé des Destinées, il finit pauvre, ce qui fut sa punition ; voilà pourquoi la poésie et la mendicité sont dorénavant gemelli, des enfants jumeaux, inséparables :


Et dorénavant les érudits sont toujours pauvres,
Les lingots d’or filent directement au rustaud [23].

Mercure les aide à accumuler les connaissances mais pas la fortune. La deuxième raison est la contemplation, laquelle assèche le cerveau et chasse la chaleur naturelle ; car pendant que, dans la tête, les esprits vitaux s’occupent de méditation, ils négligent l’estomac et le foie et c’est alors que, par manque de coction, apparaissent le sang noir et les crudités ; en outre, du fait du manque d’exercice, les vapeurs superflues ne parviennent pas à s’échapper, &c. [24] Miedes [25], Nymann [26] et Johann Vochs [27] invoquent les mêmes raisons, ils ajoutent toutefois que les étudiants qui travaillent beaucoup souffrent souvent de la goutte, du catarrhe, du rhume, de la cachexie, de la bradypepsie, de troubles des yeux, de calculs et de la colique, de crudités [28], d’obstructions, de vertiges, de vents, de crampes, de consomption et de toutes les maladies qui affectent ceux qui restent trop longtemps assis ; ils sont en général maigres et secs, leur teint est malsain, ils gaspillent leur fortune, perdent l’esprit et bien souvent la vie, tout cela du fait de leur labeur immodéré et de leurs études exagérées. Si vous ne voulez pas le croire, lisez donc les œuvres du grand Tostado et de Thomas d’Aquin et, dites-moi, ne pensez-vous pas que ces hommes se sont acharnés à la tâche ? allez donc lire Augustin, Jérôme, &c., et tous les milliers d’autres auteurs.


Celui qui veut atteindre le but désiré
Doit suer et geler avant que de l’atteindre [29],


et faire d’immenses efforts. Sénèque n’a pas fait autrement, ainsi qu’il le confesse lui-même : pas un de mes jours ne s’écoule dans le repos. J’assigne à l’étude une partie de mes nuits ; je ne me livre pas au sommeil. La fatigue d’une longue veille pèse sur mes yeux ; je les maintiens à la tâche [30]. Écoutez Cicéron déclarer que, tandis que les autres s’amusaient pour se divertir, il travaillait sans cesse à son livre [31] ; c’est ainsi qu’agissent ceux qui veulent devenir hommes de lettres, et les risques qu’ils prennent (dis-je) mettent en cause leur santé, leur fortune, leur esprit et leur vie. Combien Aristote et Ptolémée dépensèrent-ils ? davantage que la rançon d’un roi, dit-on ; combien de couronnes par an, pour perfectionner les arts, l’un avec son Histoire des animaux, l’autre avec son Almageste ? Combien de temps a-t-il fallu à Thâbit ibn Qura pour découvrir le mouvement de la huitième sphère ? on a écrit que 40 années et davantage lui avaient été nécessaires ; combien de pauvres hommes de lettres ont perdu leur esprit ou sont devenus des benêts, ont complètement cessé de s’occuper des affaires de ce monde, ainsi que de leur propre santé et de leur fortune, de leur être et de leur bien-être, dans leur quête du savoir ? Et, après tous leurs efforts, le monde les tient pour des imbéciles ridicules et stupides, pour des idiots et des ânes ; ils sont rejetés (c’est fréquent), condamnés, ils deviennent des objets de dérision, des insensés, des fous. Regardez les exemples que donne Hildesheim [32], lisez Trincavelli [33], Da Monte [34], Gartze [35], Mercuriali [36], Prospero Calano [37] ; allez donc à Bedlam et posez la question. Mais il faut dire aussi que s’ils parviennent à rester sains d’esprit, ils n’en passent pas moins aux yeux des autres pour des bélîtres et des imbéciles du fait de leur comportement ; après sept années de travail,


—Il sort de chez lui plus muet qu’une statue
Et son allure fait de lui la risée de tous
 [38].—

Comme ils ne savent ni monter à cheval, ce dont le moindre rustre est capable, ni saluer, ni faire la cour à une grande dame, ni découper un rôti, ni ramper, ni prendre congé, ce que savent faire tous les ruffians, le peuple se moque d’eux, &c. [39], ils sont un objet de plaisanteries et nos galants estiment qu’ils sont de parfaits imbéciles [40]. Eh oui, bien souvent, leur misère est si profonde, et ils la méritent : un pauvre homme de lettres, un pauvre âne [41].


—Leurs têtes penchées sur le côté,
Ils scrutent la terre d’un oeil que rien ne détourne,
Et ronchonnent tout seuls leurs monologues
Ou gardent le silence, comme incertains des mots
Qu’ils mâchonnent d’une lèvre précise ; leurs rêves
Sont des méditations de vieux grabataires, telles que :

De rien, on ne saurait rien engendrer,
Et ce qui est ne revient jamais à rien [42].

C’est ainsi qu’en général on les voit avancer, plongés dans leurs réflexions, c’est ainsi qu’ils s’asseyent, ainsi qu’ils agissent et qu’ils gesticulent. Fregoso rapporte comment Thomas d’Aquin soupant un jour avec Louis IX, roi de France, soudain frappa du poing sur la table en criant conclusum est contra Manichæos [43], car son esprit était dans les nuages, comme on dit, et il était plongé dans ses méditations ; lorsqu’il se rendit compte de son impair il en fut fort marri [44]. On trouve chez Vitruve un récit semblable au sujet d’Archimède : celui-ci, ayant découvert comment déterminer la quantité d’argent qui avait été mélangée à l’or de la couronne du roi Hiéron II, sortit de son bain en criant euréka, j’ai trouvé [45] ! Une autre fois, l’esprit absorbé par ses études, il ne s’était pas aperçu que la ville avait été prise, ni que les soldats avaient fait irruption dans sa maison [46]. Saint Bernard de Clairvaux passa toute une journée à se promener sur les bords du lac Léman sans savoir où il se trouvait [47]. L’attitude de Démocrite à elle seule avait suffi à convaincre les Abdéritains de sa folie, de sorte qu’ils demandèrent à Hippocrate de venir le guérir : lors de solennités, il éclatait de rire à la moindre occasion. Théophraste rapporte la même chose d’Héraclite, sauf que lui ne cessait de pleurer [48] ; & Diogène Laërce raconte que Ménédème, disciple de Colotès de Lampsaque, courait dans tous les sens comme un insensé, en disant qu’il était un espion venu des Enfers, et qu’il irait raconter aux démons ce que faisaient les mortels [49]. Nos plus grands érudits ne sont en général pas bien différents, et paraissent aux yeux de certains comme des gens idiots et mous, d’autres les trouvent ridicules ; et ils n’ont aucune expérience des affaires du monde ; bien que capables de mesurer les cieux, de recenser le monde, d’enseigner la sagesse aux autres, le moindre contrat ou achat fournit au plus vil des commerçants l’occasion de les gruger. Ne sont-ils pas des imbéciles ? et comment pourraient-ils ne pas l’être ? Aussi, à mon avis, la fréquentation des écoles rend les jeunes gens complètement sots parce qu’ils n’y voient et n’y entendent rien des choses de tous les jours [50] ; comment pourraient-ils acquérir de l’expérience, quels moyens ont-ils de le faire ? J’ai connu autrefois un grand nombre d’hommes de lettres, déclare Pie II, dont le savoir était immense, mais ils étaient tellement grossiers et bêtes, tellement dépourvus de la moindre politesse, incapables en outre de gérer leurs affaires, ou les affaires publiques. Paglarensis fut étonné d’entendre son fermier lui annoncer que sa truie avait eu onze cochonnets alors que son ânesse n’avait eu qu’un seul ânon : il pensait avoir été dupé [51]. Je ne peux, pour faire l’éloge de cette profession, donner à leur sujet de meilleur témoignage que celui de Pline le Jeune sur Isée de Syrie : il est exclusivement un homme d’étude ; les esprits de ce genre sont entre tous droits, naïfs, excellents [52] ; peu d’hommes sont aussi sincères et, pour la plupart, ils ne font aucun mal, ils sont honnêtes, pleins de droiture, innocents et incapables de fourberie.

Or, étant donné qu’ils sont communément en butte à ces risques et à ces inconvénients, à la rêverie, à la folie, à la naïveté, &c., Johann Vochs pense que les hommes de lettres devraient avoir droit aux plus hautes récompenses et qu’on devrait leur porter un respect extraordinaire, supérieur à celui qu’on porte aux autres hommes, qu’ils devraient jouir de privilèges supérieurs à ceux dont jouit le reste des hommes, parce qu’ils prennent des risques et réduisent leur temps de vie pour le bien de tous [53]]. Mais de nos jours les patrons du savoir ont cessé de respecter les Muses et d’accorder aux hommes de lettres les honneurs ou les récompenses qu’ils méritent, ces largesses et indulgences distribuées par tant de nobles princes &, après tant d’années de travail dans les universités, de frais et de dépenses, tant de longues heures pénibles occupées par des tâches laborieuses, tant de journées épuisantes, de dangers, de risques (privés interim de tous les plaisirs auxquels les autres ont droit, enfermés toute leur vie comme des faucons), s’ils parviennent à s’en sortir indemnes, ils seront finalement rejetés, condamnés &, ce qui est leur plaie principale, ils se verront obligés à vivre d’expédients, dans le besoin, livrés à la pauvreté et à la mendicité.


Les soucis, le labeur, la pâle maladie, les misères,
La peur, l’affreuse pauvreté, la faim qui les déchire,
Ces monstres terribles qui font peine à voir
 [54],


sont fréquemment leur lot.

S’ils n’avaient rien d’autre qui puisse les troubler, la seule perspective de tout cela suffirait à les rendre tous mélancoliques. Dans la plupart des autres métiers et professions, après sept années d’apprentissage, les gens parviennent à vivre de leur travail. Un marchand risque ses biens sur les mers et, quoique les risques soient grands, il suffit qu’un navire sur quatre revienne au port pour qu’il considère qu’il en a tiré profit. Les agriculteurs ont des bénéfices presque assurés, Jupiter même ne peut leur nuire [55] (selon l’hyperbole de Caton l’Ancien, qui était un grand agriculteur). Seuls les hommes de lettres, me semble-t-il, ont une vie incertaine, sont peu respectés et sont sujets aux accidents et à la mauvaise fortune. Tout d’abord, rares sont ceux qui sont réellement érudits, ils ne sont pas tous capables et dociles, on ne peut faire un Mercure de n’importe quel bois [56] [57] ; chaque année naissent des maires et des officiers, mais pas d’érudits ; les rois peuvent bien investir des chevaliers et des barons, comme le confesse l’empereur Sigismond [58], les universités accorder des diplômes, et ce que tu es, n’importe qui peut l’être [59] ; mais ni l’empereur ni les universités, personne au monde ne peut accorder le savoir, créer des philosophes, des artistes, des orateurs, des poètes ; Sénèque fait remarquer très justement qu’on dit plus souvent voici un homme riche, un homme bon, un homme heureux, un homme correct, un homme somptueusement vêtu, frisé au fer et parfumé ; il est bien plus rare d’entendre l’éloge suivant, « quel érudit ! » [60], car il est difficile de trouver un homme plein de savoir. Le savoir ne s’acquiert pas rapidement, certains ont beau se donner beaucoup de peine et avoir reçu une instruction adéquate, leurs protecteurs et leurs parents ont beau subvenir à leurs besoins avec libéralité, peu y parviennent. Ou encore, s’ils sont dociles, il arrive aussi que leur volonté ne suive pas le chemin que leur désigne leur esprit ; ils sont capables de comprendre mais ne s’en donnent pas la peine ; ils se laissent séduire par de mauvais compagnons, ils se laissent posséder par les femmes ou par la boisson et gaspillent leur temps, ce qui les mène à leur perte, au grand chagrin de leurs amis. Mais supposons qu’ils soient studieux et laborieux, qu’ils aient l’esprit mûr et peut-être même qu’ils aient de grandes capacités, combien de maladies du corps et de l’esprit ne vont-ils pas devoir affronter ? Aucun autre labeur au monde ne ressemble à l’étude. Il se peut fort bien que leur tempérament ne soit pas à la hauteur et que, cherchant à exceller et à tout savoir, ils en viennent à perdre la santé, la fortune, l’esprit, la vie et tout le reste. Mais supposons qu’une personne possède un corps de bronze, soit parvenue à échapper avec bonheur à tous ces périls et ait atteint une maturité parfaite, qu’elle ait profité de ses études et soit parvenue au but au milieu des applaudissements de tous : après avoir tant dépensé, cette personne devrait obtenir une prébende, mais où l’obtiendra-t-elle ? Elle a aussi peu de chances d’y parvenir (après vingt ans de travail) que le jour où elle est entrée à l’université. Car, dans quelle voie s’engagera-t-elle, maintenant qu’elle est apte et qualifiée ? La voie la plus simple et la plus facile, le choix de beaucoup, est d’enseigner dans une école, de prêcher ou d’avoir la charge d’une paroisse, pour le salaire d’un fauconnier, 10 livres par an plus le couvert, ou pour d’autres appointements misérables, tant qu’elle plaira à son patron ou à sa paroisse ; si un désaccord naît entre eux (car il est rare qu’ils soient d’accord plus d’une année ou deux) parce que les patrons sont aussi inconstants que ceux qui crièrent Hosanna ! un jour et Qu’il soit crucifié ! un autre jour [61] ; alors, comme les domestiques, voilà qu’elle doit chercher un autre maître : et si elle y parvient, quelle sera sa récompense ?


Autre humiliation, être surpris par la vieillesse bredouillante
À enseigner l’alphabet aux enfants dans les faubourgs
 [62].

Pareil à un âne, notre homme de lettres gâche des années de sa vie pour assurer sa provende et il ne lui restera qu’un bout de férule, une robe usée & déchirée [63], l’emblème de son malheur, en guise de récompense pour son labeur, une pitance qui lui permettra de se garder en vie jusqu’à la décrépitude, rien de plus. Le grammairien a peu de bonheur, &c. S’il est chapelain dans la maison d’un gentilhomme, comme ce fut le cas pour Euphormion [64], après quelque sept années de service, avec un peu de chance il obtiendra un bénéfice ecclésiastique réduit de moitié, ou quelque modeste cure avec enfin une femme de charge, une parente impécunieuse ou une gouvernante fêlée, qu’il devra subir jusqu’à la fin de ses jours. Mais si, entre-temps, il offense son bon patron, ou déplaît à la dame de celui-ci,


Tu seras comme Cacus qu’Hercule
Tira dehors par les pieds
 [65]


qu’on n’entende plus parler de lui. S’il entreprend laborieusement d’autres études dans l’intention de devenir secrétaire privé de quelque noble, ou d’obtenir cette même position auprès d’un ambassadeur, il se rendra compte que dans ce métier les gens grimpent à la manière des apprentis, l’un à la suite de l’autre, comme dans les ateliers d’artisans : quand le maître est mort, c’est celui qui occupe la meilleure place dans l’atelier qui lui succède. Quant aux poètes, aux rhétoriciens, aux historiens, aux philosophes, aux mathématiciens [66], aux sophistes, &c., ils sont pareils aux cigales, il leur faut chanter l’été puis languir l’hiver, car ils n’obtiendront aucun avancement. Telle était d’ailleurs leur origine au temps jadis, si l’on en croit la plaisante histoire que Socrate raconta au beau Phèdre d’Athènes un jour de grande chaleur, vers midi, sous les platanes, sur la rive de l’Ilissos ; le doux chant des cigales le poussa à raconter comment celles-ci avaient été autrefois des hommes de lettres, des musiciens, des poètes, &c., avant la naissance des Muses ; comme ils vivaient sans boire ni manger, Jupiter les métamorphosa en cigales [67]. Et peut-être pourraient-ils une fois encore devenir les cigales de Tithonos ou les grenouilles des Lyciens [68], car ils ont peu de chances d’obtenir de grandes récompenses ; mais aussi, peut-être pourraient-ils vivre à la manière des cigales, sans provisions d’aucune sorte, comme ces Manucodes [69], ou oiseaux de paradis indiens, selon l’appellation que nous leur donnons plus communément, je veux dire ces créatures qui vivent de l’air du temps et de la rosée des cieux, n’ayant besoin d’aucune autre nourriture ; car, étant donné ce qu’ils sont, leur rhétorique ne leur sert qu’à maudire leur mauvaise fortune [70] et bon nombre d’entre eux ont si peu de moyens de subsistance qu’ils doivent faire feu de tout bois ; de cigales, ils se transforment en bourdons & en guêpes, à l’évidence en parasites ; leurs Muses deviennent des mules afin de satisfaire leur ventre affamé qui voudrait bien qu’on le remplisse d’un plat de viande. À dire vrai, tel est le sort qui attend la plupart des hommes de lettres, il leur faut être serviles et pauvres, attirer la pitié par leurs plaintes et sans cesse infliger à leurs patrons peu empressés l’énoncé de leurs besoins, à la manière de Cardan [71], de Xylander [72] et de tant d’autres. On le voit bien souvent dans les épîtres de dédicace où, espérant obtenir quelque gain d’un patron, ils mentent et flattent, où leurs éloges et leurs louanges hyperboliques portent aux nues un idiot analphabète qui ne le mérite pas ; ils exagèrent les excellentes vertus de ces gens-là alors qu’ils feraient mieux, comme le fait remarquer Machiavel [73], de les vilipender et de se gausser de leurs vilenies et de leurs vices les plus connus. C’est ainsi qu’ils se prostituent comme le font les violoneux ou les commerçants mercenaires et se dévouent avec servilité aux affaires des grands de ce monde pour une récompense dérisoire. Ils ressemblent aux Indiens d’Amérique qui thésaurisent de l’or sans en connaître la valeur [74], car je partage l’opinion de Synésios de Cyrène, le roi Hiéron avait davantage profité de la compagnie de Simonide de Céos, que Simonide de celle d’Hiéron [75] ; nous leur donnons le meilleur des enseignements, créons pour eux de bonnes institutions, nous leur décernons des titres et, lorsqu’ils ont réussi, nous les glorifions honorablement et leur conférons l’immortalité ; nous leur tenons lieu d’épitaphes vivantes, de livres d’or, nous sommes les trompettes de leur célébrité ; qu’aurait été Achille sans Homère, Alexandre sans Arrien [76] ou Quinte-Curce ; qui aurait entendu parler des César si Suétone et Dion Cassius n’avaient pas existé ?


On trouvait des braves avant Agamemnon
Mais personne ne pleure cette multitude
Ignorée, enfouie sous une si longue nuit,
Car leur gloire n’avait pas de chantre
 [77].

Ils doivent bien davantage aux hommes de lettres que ces derniers ne leur doivent ; mais ces derniers se sous-estiment, ce qui permet aux grands de les maintenir dans une position subalterne. Ils ont beau connaître toute l’encyclopédie, posséder tout le savoir du monde, il ne leur est pas permis de les partager, ils sont méprisés et meurent de faim aussi longtemps qu’ils refusent de se soumettre, comme l’expose Budé, d’oublier leurs immenses talents, leur art et leurs vertus ; il leur faut s’aplatir comme des esclaves devant quelque potentat analphabète et vivre en honorant, voire en adorant son insolence, tels des parasites « qui, à l’exemple des souris, se nourrissent du pain des autres [78] » [79]. Car, à dire vrai, ainsi que l’a déclaré Guido Bonatti, ces arts rapportent peu, sinon la pauvreté et la faim [80].


Le riche médecin, les juristes honorés vont à cheval
Tandis que le pauvre érudit va à pied à leurs côtés
 [81].


La pauvreté est le lot que nous ont légué les Muses et, comme nous l’a enseigné le divin poète, quand les filles de Jupiter eurent toutes épousé un dieu, seules les Muses restèrent célibataires, aucun prétendant ne s’approcha des contreforts de l’Hélicon, et je crois bien que c’était parce qu’elles n’avaient pas de dot [82].


Pourquoi Calliope est-elle restée vierge tant d’années ?
Elle n’avait pas de dot, donc point d’amant passionné
 [83].


Et depuis lors, ceux qui les suivent sont pauvres, oubliés et abandonnés à eux-mêmes. À tel point, nous explique Pétrone, qu’on les reconnaît souvent à leurs vêtements : Voilà que vint me rejoindre une personne fort mal vêtue ; sa tenue dénotait clairement qu’il s’agissait d’un de ces hommes de lettres que détestent les riches. Je lui demandai qui il était et il me répondit, "Je suis poète". Je lui demandai alors pourquoi il était en haillons et il m’apprit que son savoir n’avait jamais enrichi personne [84].


Qui se fie à la mer en rapporte de gros profits.
Qui se voue au combat revient ceinturé d’or.
Un flatteur couche, ivre, sur la pourpre brodée ;
Mais l’érudit, lui, n’est que haillons
 [85].

C’est ce qu’ont compris tous les étudiants ordinaires des universités ; ils ont constaté que l’étude de la poésie, des mathématiques et de la philosophie rapportait bien peu d’argent, bien peu de respect, que les patrons étaient rares ; et ils se hâtent d’étudier une de ces trois disciplines fort rentables que sont la loi, la médecine et la théologie, ils se partagent les places disponibles, finissent par rejeter les arts que sont l’histoire, la philosophie, la philologie [86], ou du moins n’y jettent qu’un coup d’oeil rapide, car pour eux il ne s’agit que de babioles agréables tout juste bonnes à alimenter la conversation au dîner. Elles sont de peu d’utilité ; celui qui sait compter son argent n’a pas besoin de davantage d’arithmétique ; le véritable géomètre sait se mesurer une fortune ; le parfait astrologue sait prédire la bonne ou la mauvaise fortune d’autrui et tracer la courbe de leurs mouvements erratiques pour son propre profit. La meilleure des optiques sert à diriger sur ces gens les rayons que projettent les faveurs et les grâces des grands de ce monde. Ne sera un bon mécanicien que celui qui saura construire un instrument capable de lui procurer de l’avancement. Telles étaient encore récemment la pratique et la coutume en Pologne, selon les observations de Kromer dans le premier livre de son histoire : leurs universités étaient en général d’un niveau très bas et on n’y trouvait aucun philosophe, aucun mathématicien, aucun historien, &c., de valeur, parce que l’exercice de ces professions n’assurait ni récompenses précises, ni honoraires, et tous s’engageaient dans la voie de la théologie [87], car ils n’avaient qu’un seul but, obtenir une grasse paroisse [88]. C’est exactement ce qui se passait chez certains de nos proches voisins, que Lipse dénonce : ils poussent leurs enfants à étudier le droit ou la théologie bien avant de leur avoir donné les connaissances de base qui leur permettraient de suivre de telles études. En vérité, l’espoir du gain a beaucoup plus d’importance que tous les arts et un tas d’or est d’une plus grande beauté que tout ce que ces benêts de Grecs et de Latins ont pu écrire. Ces hommes âpres au gain finissent par gouverner au sommet de l’État et sont présents aux conseils des rois où ils jouent un grand rôle. O pater, o patria ! [89] C’est en ces termes que Lipse et beaucoup d’autres se plaignaient. Car nous voyons que servir un grand personnage, obtenir un poste à la cour d’un évêque (ouvrir une pratique dans une bonne ville) ou s’emparer de quelque bénéfice ecclésiastique sont bien les buts que nous visons, tout cela étant à notre avantage, la route royale de l’avancement.

Et pourtant il est fréquent, c’est en tout cas ce qu’il me semble, que ces personnes échouent dans leurs projets tout comme les autres et qu’elles voient ainsi leurs espoirs déçus. Car où ira s’établir un docteur en droit de grande valeur, excellent spécialiste du droit civil, où pourra-t-il plaider ? Le champ de leur pratique est tellement étroit et, en droit civil, si grandement réduit par les prohibitions de notre pays [*], les causes à plaider sont si rares du fait des lois municipales qui engloutissent tout, (les études sont barbares et peu savantes [90], nous dit Érasme, car peu importe l’étendue de leurs connaissances dans ce domaine, elle ne suffit certainement pas à leur faire mériter l’épithète d’érudit), nous avons aujourd’hui si peu de tribunaux où ils peuvent exercer leur profession, si peu de cabinets, et ceux qui existent coûtent tellement cher, que je me demande comment un homme ingénieux pourrait prospérer dans ce milieu. Quant aux médecins, on trouve dans chaque village tant de charlatans, d’empiriques, de médicastres ou de paracelsiens, selon le nom que certains d’entre eux se donnent - Kleinarts les appelle imposteurs & sanicides [91] -, tant de sorciers, d’alchimistes, de pauvres ecclésiastiques, d’apothicaires déchus, d’assistants morticoles, de barbiers et de sages-femmes qui tous se vantent de leurs grands talents, que je doute fort qu’ils puissent jamais vivre de leur profession et que je me demande qui seront leurs patients. D’ailleurs, bons ou mauvais, ils sont si nombreux - tous de vraies harpies, d’une si grande rapacité, d’une vantardise tellement éhontée ; des imbéciles litigieux,


Qui n’ont d’autre talent que leur arrogance babillarde,
Aucun savoir, une nation de trayeurs de bourses :
Vautours en robe, voleurs, c’est une meute de hors-la-loi
Et d’escrocs qui hante la profession
 [92]


qu’ils sont incapables d’expliquer comment ils parviennent à vivre ainsi, serrés les uns contre les autres ; ils sont si nombreux que, pour citer Plaute qui en fait la satire dans la Comédie des horloges, ils sont pour la plupart affamés et prêts à s’entre-dévorer [93], et se laissent corrompre par une ruse criminelle [94] ; une telle multitude de personnes chicaneuses, d’empiriques et d’imposteurs qu’un honnête homme est incapable de savoir comment se comporter en leur compagnie, quel visage leur faire, comment garder un minimum de décence au milieu d’une foule d’hommes aussi vils qui exercent au nom d’un savoir qui lui fait honte, qui lui a coûté tant d’argent et de labeur nocturne que, &c.

En dernier lieu viennent nos théologiens qui, exerçant la plus noble des professions, méritent d’être doublement honorés, et pourtant elle est la plus pénible et la moins rémunératrice de toutes. Si vous ne me croyez pas, écoutez donc ce bref qu’a prononcé un ecclésiastique plein de sérieux devenu aujourd’hui un des évêques de notre pays il y a quelques années lors d’un sermon public à la cathédrale Saint-Paul. Nous qui avons poursuivi des études dans notre jeunesse et que nos parents destinaient au savoir, nous passons toute notre enfance à l’école, ce qui, selon Augustin, est "une grande tyrannie & un sort triste et misérable [95]", qu’il compare aussi aux tourments des martyrs ; ensuite nous entrons à l’université et, si nous vivons d’une bourse du collège, "pavntwn ejndeei`" plh ;n limou` kai ; fovbou", tout nous manque sinon la faim et la peur, pour citer l’objection de Phalaris aux Léontiniens [96] ; ou alors, si nos études sont en partie financées par nos parents, il ne faut pas oublier tous les frais supplémentaires, livres et diplômes, avant d’atteindre une quelconque perfection, cinq cents livres, ou mille marks. Si, après avoir ainsi gâché nos jeunes années, notre corps et notre esprit, notre substance et notre patrimoine, nous ne parvenons pas à obtenir ces récompenses minimes qui nous reviennent en vertu de la loi et de notre droit à l’héritage - un pauvre presbytère ou une cure de 50 livres per annum - il nous faudra signer avec nos patrons un bail sur notre vie (une vie d’usure et de fatigue), lequel peut revêtir la forme d’une pension annuelle, bien plus élevée que ce que paye un tenancier ; tout cela au risque de perdre notre âme, par simonie et parjure, et d’abandonner nos progrès spirituels, potentiels aussi bien qu’actuels, aujourd’hui aussi bien qu’à l’avenir. Quel père serait assez imprudent pour accepter que son fils lui occasionne d’aussi lourdes dépenses alors qu’il se sait promis à la mendicité ? Quel chrétien serait à ce point impie pour accepter que son fils suive cette voie qui, selon toute probabilité et par nécessité, le poussera à pécher, l’obligera à devenir simoniaque et parjure ? On sait pourtant que, comme l’a dit le poète, "s’il l’avait proposée à un des pauvres qui vivent sous les ponts [97]", celui-ci, connaissant tous ces inconvénients, aurait refusé cette éducation [98]. Cela dit, avons-nous donc, nous qui sommes des théologiens confirmés, souhaité suivre de telles règles pour un aussi piteux butin ? Est-ce pour cela que nous pâlissons, que nous nous passons de dîner [99] ? Est-ce pour ce résultat que nous jeûnons ? Est-ce pour cela que nous nous levons si tôt d’un bout à l’autre de l’année ? Sautant du lit dès que nous entendons la cloche, comme s’il s’agissait d’un coup de tonnerre. Si c’est là tout le respect, toute la récompense et toute la reconnaissance que nous obtiendrons jamais, brise ta plume sans valeur et déchire, ô ma Thalia, tes petits volumes [100], distribuons nos livres & choisissons un autre mode de vie. À quoi servent nos études ? Pour moi, mes sots parents m’ont fait apprendre les misérables lettres [101], pourquoi ont-ils voulu faire de nous des hommes de lettres : est-ce pour que nous soyons, après vingt ans d’étude, aussi éloignés de toute possibilité d’avancement que nous l’étions au début ? Pourquoi donc consentir tant d’efforts ? Pourquoi perdre le teint de ta jeunesse sur tant d’imbéciles papiers [102], puisqu’il n’y a aucun espoir de gratification et pas davantage d’encouragement ? Je le répète : brise ta plume sans valeur et déchire, ô ma Thalia, tes petits volumes [103], devenons des soldats, vendons nos livres et achetons des épées, des fusils et des piques, ou encore, que nos papiers servent à boucher les bouteilles, transformons nos toges de philosophes, comme Cléanthe le fit autrefois, en manteaux de meunier 104, abandonnons tout cela et choisissons un tout autre mode de vie plutôt que de persévérer plus longtemps dans cette misère. Mieux vaudrait tailler des cure-dents que de tenter d’obtenir la faveur des grands par nos exercices littéraires [104].

C’est bien vrai, mais j’ai l’impression d’entendre quelqu’un remettre en cause mon discours et demander - à supposer que la condition actuelle des hommes de lettres, tout particulièrement des théologiens, soit conforme à ma description, c’est-à-dire pénible et misérable, l’Église ayant perdu tous ses biens dans le naufrage [*], et que ces gens ont bien des raisons de se plaindre - quelle est l’origine de cette situation. Si notre cause était examinée avec justice, on nous donnerait tort et si nous étions cités devant le Tribunal de vérité, nous serions jugés coupables sans aucune circonstance atténuante. Que nous ayons commis des fautes, je l’accepte volontiers, mais s’il n’y avait pas d’acheteur il n’y aurait pas de vendeur ; et celui qui accepte d’approfondir un peu la chose se rendra rapidement compte que l’origine de ces misères se trouve dans l’avarice des patrons. En les accusant, je ne nous excuse pas entièrement ; il y a faute de part et d’autre, chez eux et chez nous ; mais cependant je crois bien que leur faute est supérieure à la nôtre, les raisons en sont bien plus évidentes, et il faut la condamner avec vigueur. En ce qui me concerne, si les choses ne sont pas comme je voudrais qu’elles soient, ou comme elles devraient être, j’en attribue la cause, comme l’a fait Cardan dans une occasion semblable, à mon infortune plutôt qu’à leur scélératesse [105]. Bien que j’aie parfois été rejeté par certaines personnes & que j’aie autant de raisons de me plaindre que n’importe qui d’autre, j’aurais tendance à en rejeter la faute sur ma négligence ; car j’ai toujours été semblable à cet Alexandre, professeur de philosophie de Crassus, dont parle Plutarque : ayant vécu de nombreuses années comme compagnon du riche Crassus, il était aussi pauvre à la fin (ce qui étonna beaucoup de monde) qu’il l’avait été à son arrivée ; il ne demandait jamais rien et l’autre ne lui donnait jamais rien ; lorsqu’il voyageait avec Crassus, il lui empruntait un chapeau qu’il lui rendait au retour [106] ; j’ai moi aussi eu des amis plus ou moins intimes, connu des hommes de lettres de ce genre, mais en général (à l’exception des courtoisies habituelles et des gages de respect), nous nous sommes quittés comme nous nous étions rencontrés ; ils ne m’ont jamais donné plus que ce que je leur avais demandé, c’est-à-dire... Et comme Alessandro Alessandri répondit à Hieronymus Massainus, qui s’étonnait de voir tant de personnes paresseuses & peu dignes promues chaque jour à des postes importants de l’État et de l’Église, de voir que lui ne progressait pas alors que les autres le faisaient, et pourquoi n’était-il pas récompensé pour son travail et ses recherches alors qu’il était tout aussi méritant que les autres ? Alessandro lui répondit donc qu’il était satisfait de sa position actuelle, qu’il n’avait pas d’ambition et que on aurait beau le réprimander pour son indolence, il serait toujours le même et verrait des hommes médiocres gravir les marches du sacerdoce & de la papauté, &c. [107] ; quant à moi (bien que je sois sans doute tout juste digne de porter les livres d’Alessandro), qui ai entendu des amis entêtés et pleins de bonnes intentions me tenir des discours semblables, je leur ai toujours répondu à la manière d’Alessandro, que j’avais suffisamment de possessions et sans doute davantage que je n’en méritais ; et à la manière du sophiste Libanios, qui préférait (lorsque l’Empereur lui faisait miroiter des honneurs et des postes) être sophiste comme il l’était que magistrat comme d’autres [108], je préférerais encore être Démocrite Junior, et une personne privée, si j’en avais le choix, que tel grand docteur en théologie ou que tel évêque. — Mais pourquoi tout cela ? Pour ce qui concerne le reste, le crime est aussi détestable d’un côté que de l’autre, la vente comme l’achat de bénéfices ecclésiastiques, s’emparer de ce que les lois de Dieu et des hommes ont accordé à l’Église ; mais il faut avant tout critiquer ceux qui trempent dans ces affaires par cupidité et par ignorance ; je maintiens que c’est la cupidité qui, en premier lieu, motive toutes ces malhonnêtetés et, comme la cupidité d’Achan [109], elle oblige ces personnes à commettre des sacrilèges et à s’engager dans des trafics simoniaques (et dans tant d’autres choses encore) pour leur seul profit ; c’est cette cupidité qui attise le courroux de Dieu, qui fait s’abattre la peste, la vengeance et les calamités sur eux et sur les autres [110]. Certaines personnes ont un désir insatiable de gains immérités et de richesses et s’inquiètent peu de la façon de les obtenir, par tous les moyens, licites et illicites [111], de bon droit ou à tort, elles y parviendront. D’autres encore, lorsqu’elles ont dissipé leur fortune dans la débauche et la prodigalité et qu’elles veulent se refaire, s’attaquent à l’Église, la flouent, comme l’a fait Julien l’Apostat [112], arrachent leurs revenus aux ecclésiastiques (en gardant une moitié de ce qui devrait leur permettre de vivre, comme l’a fait remarquer un de nos grands hommes [113]) ; et c’est ainsi que l’on voit la barbarie s’étendre tandis que les professeurs chrétiens disparaissent, car qui voudrait se lancer dans ces études de théologie, encourager un fils ou un ami, si après tant d’efforts les théologiens n’ont pas les moyens de vivre ? Mais dans quel but font-ils tout cela ?


Vous poursuivez la fortune de toutes vos forces
Et n’en tirez qu’une misérable récompense
 [114].

Ils triment et s’acharnent, mais qu’en retirent-ils ? Il s’agit le plus souvent de familles infortunées, dont la progéniture est maudite et, comme nous le montre l’expérience, qui sont elles aussi maudites dans leurs tentatives. Ces gens ont-ils si peu de dignité (explique Spelman en citant Augustin) qu’ils peuvent espérer être bénis ou partager l’héritage du Christ dans les cieux, après avoir volé l’héritage du Christ ici sur terre [115] ? J’aimerais beaucoup que ces patrons simoniaques, ceux qui lèvent la dîme, lisent ces traités fort judicieux de Sir Henry Spelman et de Sir James Sempill, chevaliers, ces livres récents, érudits et pleins de savoir, que le Dr Tillesley et Mr Montagu [116] ont rédigés à ce sujet. Mais en admettant qu’ils les lisent, ce serait fort peu utile, on a beau crier et injurier le ciel et la mer [117] ; on a beau tonner, faire éclater la foudre, prêcher l’enfer et la damnation, leur dire que c’est un péché, ils ne vous croiront pas ; on a beau dénoncer et fulminer, leur conscience est noircie [118], ils ne vous écoutent pas, comme l’aspic enchanté, ils se rendent sourds en se bouchant les oreilles [119]. Reprochez-leur d’être vils, irréligieux et profanes, d’être barbares, païens, athées ou épicuriens (car certains d’entre eux le sont certainement), comme le proxénète de Plaute, en dépit de cela ils s’applaudissent eux-mêmes : Bravo ! parfait ! [120] et s’écrient, comme l’avare, Je contemple mes écus dans mon coffre-fort [121], vous pouvez dire ce que vous voulez, la fortune, par n’importe quel moyen [122] ! ; vos paroles ne servent à rien, comme les aboiements d’un chien qui regarde la lune : gardez donc votre paradis, eux veulent l’argent. Ils ne sont qu’une meute vile de profanes, d’épicuriens et d’hypocrites ; quant à moi, ils peuvent bien afficher un zèle dévot, simuler la piété, mystifier le monde entier, se pavaner & intégrer à leur splendeur tout le butin de l’Église, resplendir comme autant de paons ; ma charité est si froide, j’en ai si peu à leur égard que je n’aurai jamais une bonne pensée pour eux, car ils sont pourris jusqu’au cœur, leurs os ne sont qu’hypocrisie épicurienne et moelle athée, ils sont pires que des païens. D’ailleurs, comme l’a fait remarquer Denys d’Halicarnasse, les Grecs et les barbares observent tous les rites religieux et n’osent pas les négliger de peur d’offenser leurs dieux [123] ; mais nos contractants simoniaques, nos Achan insensés, nos patrons insensibles, ne craignent ni Dieu ni diable, ils ont leurs propres subterfuges, ce n’est pas un péché, en tout cas pas jure divino, ou alors, si c’est un péché, ce n’est qu’un péché véniel, &c. Il est vrai qu’ils sont punis quotidiennement pour leurs actes - ils ont manifestement compris le proverbe, à chair de loup, sauce de chien [124] - et que tout cela finit mal ; néanmoins, ajoute Jean Chrysostome, la réprimande n’y fait rien, & comme s’ils étaient provoqués par l’opposition, le crime pour lequel ils sont punis est chaque jour plus grave [125], la punition les rend plutôt pires que meilleurs, — et le crime leur apporte davantage de colère et de courage [126], et plus on les corrige, plus ils sont prêts à aller loin ; mais laissons-les poursuivre leur route, rogne les vignes, bouc [127], qu’ils continuent comme ils ont commencé, ce n’est pas un péché, qu’ils continuent à se sentir en sécurité, la vengeance de Dieu finira par les rattraper et les biens mal acquis, comme des plumes d’aigle [128], finiront par consumer toute leur substance [[Les biens mal acquis profiteront peu aux descendants de la troisième génération. [Proverbe.] ]] ; ce n’est qu’or de Toulouse [129], dont ils ne profiteront guère. Qu’ils mettent tout parfaitement à l’abri en dissimulant leurs tours de passe-passe, qu’ils ferment portes et fenêtres, dit Jean Chrysostome, pourtant, la fraude et la cupidité, ces deux voleurs des plus entreprenants, ont elles aussi été enfermées, et le moindre bien mal acquis fera pourrir le reste de leurs possessions [130]. L’aigle d’Ésope, apercevant un morceau de viande qui avait été préparé pour le sacrifice, le saisit de ses griffes et l’emporta dans son nid ; mais il se trouva qu’un charbon ardent y était resté attaché, sans que l’aigle s’en soit rendu compte, et le feu consuma d’un seul coup l’aigle, les aiglons et le nid [131]. Nos patrons, nos trafiquants simoniaques en bénéfices ecclésiastiques, nos harpies sacrilèges n’ont sans doute rien de mieux à attendre.

L’ignorance nous fournit une deuxième explication car elle produit le mépris, ce que du Jon avait fort bien compris : le savoir a été pris en haine à cause de l’ignorance du peuple [132], cette haine et ce mépris du savoir proviennent de l’ignorance [133] ; ceux qui sont barbares, idiots, sans esprit, analphabètes et orgueilleux imaginent que tous les autres leur ressemblent.


Qu’apparaissent des Mécènes, Flaccus, et les Virgiles seront foison [134].


Qu’apparaissent de généreux patrons et on trouvera des érudits diligents dans toutes les sciences. Mais que penser de ceux qui condamnent l’érudition et estiment posséder suffisamment de qualifications lorsqu’ils savent bien assez lire et écrire pour s’emparer d’une preuve, lorsqu’ils connaissent autant de latin que cet empereur, qui disait que quid nescit dissimulare, nescit vivere [135] ; ces gens-là sont incapables de servir leur pays, d’avoir une profession ou d’agir pour le bien de la communauté, mais s’ils aiment se battre, ils ne savent même pas rendre la justice régionale avec simple bon sens, ce que pourrait faire n’importe quel petit propriétaire. Et c’est ainsi qu’ils élèvent leurs enfants, lesquels deviennent aussi grossiers qu’eux, dépourvus de toute qualification, sans savoir, et en général fort malappris. Lesquels de nos enfants ont une instruction suffisante en littérature ? Qui s’occupe des orateurs et des philosophes ? Qui lit l’histoire, qui est pour ainsi dire l’âme de nos actions ? Les parents sont bien trop pressés d’obtenir ce qu’ils veulent, &c. [136], c’est ainsi que Lipse se plaignait de l’ignorance de ses concitoyens, et nous pourrions reprendre sa critique à notre compte. Faut-il donc que ces hommes jugent de la valeur d’un homme de lettres alors qu’ils ne connaissent rien à la littérature, alors qu’ils ignorent ce qu’est le travail d’un étudiant, qu’ils ignorent la différence entre un véritable homme de lettres et un bourdon ? ou faut-il préférer celui qui, grâce à une langue bien pendue, à une voix puissante, à un ton agréable, aidé dans sa paresse par quelque Polyanthea [137] baguenaudier, après avoir volé et glané quelques phrases dans les récoltes des autres, sait se montrer à son avantage ? ou bien faut-il préférer un véritable érudit, pour qui, selon l’expression d’une personne très sérieuse, prêcher n’est pas plus difficile que parler, ou qu’aller vite avec un chariot vide [138] ? ce qui voudrait dire nous rabaisser, nous et notre labeur ; nous mépriser ainsi que tout le savoir. Comme ils sont riches et qu’ils ont d’autres moyens de gagner leur vie, ils pensent que le savoir ne les concerne pas, que ce n’est pas la peine de se fatiguer à apprendre [139] ; c’est bien assez bon pour les frères cadets ou les enfants des gens pauvres de devenir gens de plume et d’encrier, des esclaves pédants, & cette activité n’est certainement pas digne d’un gentilhomme ; telle est l’attitude des Français et des Allemands, qui négligent toute étude de l’homme : en quoi sont-ils concernés ? Que les marins apprennent l’astronomie, que les courtiers étudient l’arithmétique, que les arpenteurs s’encombrent de géométrie, les fabricants de lunettes d’optique, les coureurs de pays de géographie, les greffiers de rhétorique ; que ferait d’une pelle celui qui n’a pas de terrain à creuser, et du savoir ceux qui n’en ont pas l’usage ? C’est ainsi qu’ils raisonnent, et ils n’ont pas honte de laisser aux marins, aux apprentis et aux plus vils des domestiques des qualifications supérieures aux leurs. Aux temps jadis, les rois, les princes et les empereurs étaient les seuls érudits, ils excellaient dans tous les domaines. Jules César répara l’année [*] et rédigea ses propres commentaires,


—Au milieu des combats il a toujours
Étudié les étoiles, les cieux et les régions supérieures
 [140].

Marc Aurèle, Hadrien [141], Néron, Septime Sévère, Julien l’Apostat, &c., l’empereur Michel VII et Isaac I Commène se plongèrent avec ardeur dans leurs études, et personne de naissance moins noble qu’eux ne se serait donné autant de mal [142] ; Orion, Persée, Alphonse X et Ptolémée étaient des astronomes célèbres ; Shâhpuhr I, Mithridate VI et Lysimaque étaient de célèbres médecins - ils étaient tous des rois selon Platon ; le prince arabe Evax était un bijoutier de grand talent et un philosophe des plus subtils ; les rois d’Égypte étaient autrefois des prêtres et avaient été choisis dans les rangs de ceux-ci - à la fois roi des hommes et prêtre de Phébus ; mais cette époque héroïque est terminée ; notre siècle abâtardi a relégué les Muses dans de sordides cahutes, les a abandonnées à des personnes moins nobles et presque totalement aux universités. Aux temps jadis, les hommes de lettres étaient hautement admirés, honorés [143], estimés ; telle était l’attitude de Scipion l’Africain envers Ennius, celle d’Auguste envers Virgile, de Mécène envers Horace ; ces hommes de lettres étaient les compagnons des princes, ils leur étaient aussi chers qu’Anacréon l’était à Polycrate, Philoxène de Cythère à Denys l’Ancien, et ils étaient couverts de récompenses. Alexandre envoya 50 talents au philosophe Xénocrate parce qu’il était pauvre [144] ; les personnes érudites et exceptionnelles possédant une vision éclairée du monde s’asseyaient autrefois à la table des rois [145], rapporte Philostrate à propos d’Hadrianos de Tyr, de même que Lampride à propos d’Alexandre Sévère ; de grands lettrés fréquentaient la cour de ces princes comme s’ils allaient au Lycée [146], c’est-à-dire à l’université, et étaient accueillis à leur table presque comme s’ils s’étendaient sur le lit du banquet des dieux [147] ; Archélaos, roi de Macédoine, préférait dîner en compagnie d’Euripide (entre autres choses, il lui porta un toast un soir et lui offrit une coupe en or pour le remercier, tant il avait apprécié la conversation agréable du poète [148]), ce qui n’était que naturel ; car, comme Platon le dit si bien dans son Protagoras, un bon philosophe surpasse autant les autres hommes qu’un grand roi surpasse les gens ordinaires de son pays [149]. D’ailleurs, comme ils n’ont besoin de rien & qu’ils se contentent du minimum, qu’eux seuls sont capables d’inspirer du respect pour les arts qu’ils professent [150], ils n’étaient pas obligés de mendier aussi bassement que les hommes de lettres d’aujourd’hui, d’invoquer leur pauvreté [151], ni de ramper devant un rustre fortuné pour avoir droit à un repas, et ils savaient très bien se défendre, eux-mêmes et les arts qu’ils pratiquaient. Les hommes de nos jours aimeraient bien faire de même, mais en sont incapables : car certains patrons émettent l’hypothèse qu’en les maintenant dans la pauvreté ils les obligeront à étudier ; il ne faut pas les gaver mais leur faire suivre un régime, comme les chevaux avant la course, ils veulent les nourrir et non les engraisser, de peur d’éteindre chez eux l’étincelle du génie : un oiseau trop nourri ne chante pas, un chien trop nourri ne chasse pas ; et donc, leur position subalterne signifie que certains d’entre eux n’ont pas de moyens [152], d’autres pas de volonté et que tous manquent d’encouragements 155, car ils sont presque abandonnés et dans l’ensemble condamnés. On disait autrefois : Qu’apparaissent des Mécènes, Flaccus, et les Virgiles seront foison [153], et on pourrait encore le dire aujourd’hui. Je pense cependant souvent que c’est nous qui en sommes les principaux responsables. Nos universitaires, en négligeant leurs patrons, les offusquent souvent (une des critiques d’Érasme), ou encore ils les choisissent mal, nous négligeons ceux qui s’offrent à nous ou bien nous nous accrochons à d’autres qui ne nous sont d’aucune utilité [154], et si nous en choisissons un qui nous veuille du bien, nous ne nous employons pas à obtenir ses faveurs pour subvenir à nos besoins [155], nous ne courbons pas l’échine et ne lui obéissons pas comme nous devrions le faire. C’est ce qui m’est arrivé quand j’étais adolescent, et mon erreur était grave [156], avoue Érasme, qui admet avoir eu tort, et je pourrais dire la même chose à mon sujet, j’ai eu tort, comme sans doute beaucoup d’autres aussi eurent tort [157]. Nous n’avons pas réagi aux faveurs des grands qui avaient commencé à nous choyer [158], poursuit Érasme, nous aurions dû davantage nous empresser : nous étions paresseux, mon amour de la liberté a fait que j’ai longtemps connu de faux amis et la pauvreté [159], la timidité, la mélancolie, le manque de courage nous poussent parfois à rester à l’écart. Et donc, certains en font trop dans un sens tandis que beaucoup d’autres n’en font pas assez, nous sommes si souvent trop empressés, trop inquiets, trop ambitieux, trop effrontés. Il nous arrive très souvent de nous plaindre, que les mécènes ont disparu, que personne ne nous encourage, que nous manquons de moyens alors que notre véritable défaut est de manquer de valeur, de n’être pas à la hauteur ; Mécène s’est-il préoccupé d’Horace ou de Virgile avant qu’ils se soient présentés à lui ? Bavius et Mévius avaient-ils des patrons ? Qu’ils prouvent d’abord leurs mérites [160], dit Érasme, qu’ils se nantissent de suffisamment de qualifications, de connaissances et de manières avant de s’autoriser à s’introduire impudemment chez les grands de ce monde et à leur demander de l’aide, comme le font tant d’entre nous, en général, à force de flatteries veules, de cajoleries de parasite et de flagorneries hyperboliques ; tout cela est honteux à voir et à entendre. Les compliments exagérés poussent à la malveillance plutôt qu’aux louanges et les éloges vains dévaluent la vérité ; en conclusion nous n’avons pas une meilleure opinion de ceux qui profèrent des louanges que de ceux qui les reçoivent. Il est donc vrai que nous pouvons les vexer, mais leur dureté est la grande responsable, c’est un défaut fréquent des patrons. Comme Platon était autrefois respecté et aimé par Denys I ! Comme Aristote était cher à Alexandre, Démarate de Corinthe à Philippe II, Solon à Crésus [161], Anaxarque d’Abdère et Trebatius Testa à Auguste, Cassius Longinus à Vespasien, Plutarque à Trajan, Sénèque à Néron, Simonide à Hiéron I ! Comme ils étaient honorés !


Tel fut son passé, et désormais
Il vit dans le calme du port [162],


cette époque n’existe plus,


Pour la haute culture, en César seulement espoir et raison d’être [163] !


Et aujourd’hui nous pouvons répéter ce que l’on disait alors, il est notre protection, notre soleil [164], notre refuge et notre unique réconfort, notre Ptolémée II, notre Mécène à tous, Jacques le généreux, Jacques le pacifique, prêtre des Muses, roi platonique, notre parure et notre illustre protecteur [165], lui-même un grand homme de lettres et le meilleur des patrons, pilier et soutien du savoir ; malheureusement cet aspect de sa personne est tellement connu que, comme Velleius Paterculus l’a dit de Caton d’Utique, la louange même serait impie [166], et comme Pline le Jeune l’a dit de Trajan, ta gloire sera gravée dans des épopées solennelles et dans des histoires immortelles et non dans ce discours indigne [167]. Mais il a aujourd’hui disparu,


Notre soleil s’est couché, et pourtant la nuit n’est pas venue [168].


Un autre est venu le remplacer :


Le rameau arraché, il en pousse un autre,
En or, qui se couvre de feuilles du même métal précieux
 [169],


que Dieu lui accorde un règne long et prospère parmi nous !

Je ne voudrais pas faire preuve de malice et mentir pour nuire à notre génie ; il faut reconnaître que l’on peut rencontrer parfois, ici et là, quelques personnes parmi notre noblesse qui possèdent d’excellentes connaissances, comme les Fugger en Allemagne, comme un Du Bartas, un Duplessis-Mornay et un Roche Chandieu en France, un Pic de la Mirandole, un Schott et un Barozzi en Italie ;


Sur le vaste gouffre apparaissent, épars, des hommes qui nagent [170],


mais ils sont si peu nombreux par rapport à tous les autres qui, pour la plupart, ne se passionnent que pour les faucons et les chiens de chasse (bien que quelques-uns, rares il est vrai, ne s’y intéressent pas) et sont entraînés de façon immodérée par la lubricité, l’amour du jeu et la boisson. S’il leur arrive parfois de lire un livre (s’il leur reste quelque loisir après la chasse, la boisson, les dés et les femmes), il s’agit généralement d’une chronique anglaise, de Huon de Bordeaux, d’Amadis de Gaule, &c., de pièces de théâtre, ou de quelque pamphlet d’actualité, et encore, exclusivement pendant les saisons qui leur interdisent de mettre les pieds dehors, pour passer le temps ; leur conversation ne porte que sur les chiens, les faucons, les chevaux [171] - et de quoi parle-t-on ? Celui qui a voyagé en Italie ou est allé jusqu’à la cour de l’Empereur, qui a passé l’hiver à Orléans & qui peut courtiser sa maîtresse en mauvais français, se vêtir décemment selon la dernière mode, chanter quelques airs choisis venus de l’étranger, discourir sur les seigneurs, les dames, les villes, les palais et les cités, est considéré comme une personne accomplie et digne d’être admirée. Autrement ils ne valent pas mieux les uns que les autres [172] ; pas la moindre différence entre le maître et l’homme, sinon des titres ronflants ; fermez les yeux et choisissez entre celui qui est assis (oublions ses vêtements) et celui qui, derrière lui, tient le plat ; pourtant il leur faut bien être nos patrons, parfois aussi nos gouverneurs, nos hommes d’État, nos magistrats, ils sont nobles, grands & sages du fait de leur naissance.

Ne vous méprenez pas (il me faut le répéter), vous qui êtes de sang patricien [173], vous qui êtes de dignes sénateurs, de dignes gentilshommes, j’honore vos noms et vos personnes et, avec une immense soumission, je me prosterne à vos pieds pour écouter vos critiques et pour vous servir. Parmi vous se trouvent, je le reconnais ingénument, bon nombre de patrons méritants, de véritables patriotes, je le sais d’expérience, sans compter les centaines d’autres sur lesquels je n’ai évidemment jamais posé les yeux, dont je n’ai jamais entendu parler, piliers de notre communauté dont la valeur, la générosité, le savoir, l’ardeur, le véritable zèle religieux et le respect pour tous les hommes de lettres méritent de passer à la postérité [174] ; mais dans vos rangs on trouve aussi cette meute de débauchés corrompus, illettrés et cupides qui ne valent pas mieux que du bétail (Dieu m’en est témoin, je ne pense pas qu’ils méritent l’appellation d’êtres humains), des Thraciens barbares, & quel Thracien me contredira ? une compagnie sordide, profane et dangereuse, irréligieuse, impudente et stupide ; je ne trouve pas suffisamment d’épithètes pour définir ces ennemis du savoir, ces destructeurs de l’Église, la ruine de notre communauté. Leur naissance a fait d’eux nos patrons et ils ont accepté d’assumer la répartition des bénéfices ecclésiastiques pour le plus grand bien de l’Église ; mais (on comprend vite à quel point ils sont de durs contremaîtres), ils refusent de donner leur paille et obligent pourtant leurs gens à produire des briques ; en général, ils ne respectent que leurs propres desseins, seul leur profit personnel commande leurs actions et la personne qu’ils finissent par désigner comme la plus talentueuse de toutes sera toujours celle qui leur offrira le plus ; pas d’argent, pas de Pater noster [175], comme dit le proverbe : faute d’étayer tes souhaits par de l’or, tu ne parviens qu’à les irriter, il leur faut soudoyer, nourrir et attendrir leur entourage et leurs employés avec la bouchée destinée à Cerbère [176] comme lorsque l’on se rend aux Enfers. Selon un vieux proverbe à Rome, tout est à vendre, c’est la devise du papisme, et jamais nous ne pourrons aller contre, c’est sans espoir, il faut de l’argent pour arriver à ses fins. Un ecclésiastique a beau se présenter, prouver sa valeur [177], son savoir, son honnêteté, sa piété, son zèle, ils lui en sauront gré ; et pourtant - ils louent la probité, mais elle claque des dents [178]. S’il s’agit de quelqu’un ayant des qualités exceptionnelles, ils accourront de très loin pour l’entendre, comme ces gens dont parle Apulée, qui étaient venus voir Psyché : nombreux furent les mortels qui vinrent admirer la belle Psyché, la gloire de son époque ; ils étaient émerveillés, ils la couvrirent de louanges, la désirèrent du fait de sa beauté divine et ne cessèrent de la contempler ; mais comme si elle n’était qu’une image, personne ne voulait l’épouser car elle était sans dot, la belle Psyché n’avait pas d’argent [179]. Le savoir les attire tout autant 183 :


Les riches ont récemment appris à se réunir
Pour admirer et pour couvrir d’éloges
Un érudit qu’ils veulent voir et entendre, imitant
Les enfants devant les plumes d’un paon
 [180].

Celui-ci aura droit à tous les compliments possibles, s’il est l’homme de la situation [181], et quel dommage qu’il n’ait pas d’avancement ; rien que des voeux pieux, mais il n’y a rien à faire, il a beau s’entêter, ce n’est pas lui qui sera retenu, peu importe qu’il ait les qualités que requiert la charge - il est sans argent. Et même si on lui donne du travail, s’il est parfaitement qualifié, il peut bien mettre en avant ses qualités, ses liens familiaux, sa compétence, il lui faudra servir sept ans, comme Jacob avec Rachel, avant d’obtenir le poste. Pour entrer il lui faudra tout d’abord frapper à la porte simoniaque [182], où il devra graisser des pattes et déposer quelques garanties pour montrer qu’il sera capable de respecter tous les contrats, sinon on ne s’occupera pas de lui, on ne le laissera même pas entrer. Mais qu’arrive un pauvre homme de lettres, un prêtre rustaud venu offrir ses services, le chapelain d’un gentilhomme campagnard, qui accepte de ne prendre que la moitié, le tiers, voire ce que l’on voudra bien lui accorder, il sera le bienvenu, il a l’échine souple et prêchera comme on le désire, on le préférera à un million d’autres ; car ce qu’il y a de mieux est toujours meilleur à moindre prix ; d’ailleurs, comme Jérôme l’a expliqué à Chromatius, la patelle est digne de son couvercle [183], c’est-à-dire : tel patron, tel employé ; la cure est occupée et tout le monde est content. Ainsi voit-on encore aujourd’hui ce dont Jean Chrysostome se plaignait déjà, les riches ont à leur service des prêcheurs & des parasites à la bouche mielleuse, comme autant de chiens à leur table, ils y remplissent leurs entrailles affamées des restes de leur viande ; ils se moquent d’eux selon leur fantaisie & leur font dire ce qu’ils veulent [184]. Comme les enfants tirent ou donnent du mou à un oiseau ou à un papillon qu’ils ont attaché au bout d’une ficelle, ceux-là agissent de même avec leur chapelain particulier, ils lui donnent des ordres, régissent son esprit, lui permettent d’entrer ou de sortir selon leur lubie du moment [185]. Si le patron a des tendances puritaines, son chapelain doit le suivre ; s’il est papiste, son employé le sera, sinon on le mettra dehors. Certains d’entre eux remplissent parfaitement cette fonction, les patrons les font vivre & leur offrent des bénéfices ecclésiastiques ; tandis que nous, pendant ce temps, nous qui sommes des universitaires, pareils à des veaux dans une pâture qui n’ont que la peau sur les os, on nous fait attendre, personne n’a besoin de nous et nous nous étiolons comme des fleurs que personne ne vient cueillir ; ou encore, pareils à des bougies, nous n’éclairons que nous-mêmes, chaque flamme est cachée par les autres et personne ne discerne nos qualités ; alors que le moindre d’entre nous, installé dans une pièce obscure, ou à qui on donnerait un bénéfice ecclésiastique à la campagne, là où il pourrait briller à l’écart des autres, produirait une belle lumière et serait vu par tous. Tandis que nous nous morfondons ici en attendant notre heure, comme les pauvres malades dans la piscine de Bethsaïda, qui attendaient que l’Ange vienne remuer l’eau [186], d’autres surgissent et prennent nos prébendes. Je n’ai pas encore expliqué comment il arrive qu’après avoir longtemps attendu, beaucoup dépensé, beaucoup voyagé, présenté sérieusement notre candidature avec l’aide d’amis, nous obtenions enfin quelque petit bénéfice ecclésiastique ; mais nos misères ne font alors que commencer : car nous nous trouvons soudain confrontés à la chair, au monde et aux démons qui s’acharnent sur nous ; nous avons troqué une vie tranquille contre un océan de difficultés, nous voilà dans une maison en ruines qu’il faut nécessairement faire réparer à nos frais afin de la rendre habitable ; il nous faut engager des poursuites et prouver qu’elle a été mal entretenue de peur d’être nous-mêmes attaqués en justice ; et, à peine sommes-nous installés que l’on vient nous réclamer le paiement des dettes de notre prédécesseur ; les annates, la dîme, les subsides doivent être versés immédiatement, de même que les dons forcés dus au roi, les sommes dues à l’évêque, &c., sans oublier ce qui peut nous arriver de pire, à savoir que le titre que nous avons entre les mains peut être sans valeur, comme ce fut le cas pour Kleinarts avec sa cure et sa charge d’un couvent de béguines, car, à peine en eut-il pris possession qu’il fut immédiatement attaqué en justice : nous fûmes pris dans un difficile procès, dit-il, & dûmes nous défendre de toutes nos forces ; il finit, après dix ans de plaidoyers, davantage que ne dura le siège de Troie, alors qu’il en était las et qu’il avait dépensé tout son argent, par devoir tout abandonner à son adversaire pour enfin avoir la paix [187]. Ou encore, nous sommes insultés et piétinés par des fonctionnaires de l’État pleins de morgue, dépouillés par ces harpies cupides qui veulent toujours davantage d’argent ; nous sommes menacés pour des fautes passées ; nous nous trouvons au milieu de réfractaires, de sectateurs séditieux, de puritains acariâtres, de papistes invétérés, une meute lascive d’épicuriens athées qui refusent de se réformer, ou encore au milieu de gens procéduriers (il faut alors se battre contre les bêtes sauvages d’Éphèse [188]) qui refusent de payer ce qu’ils doivent sans rechigner, ou seulement après un procès ; car, comme le dit un vieil adage, les laïcs sont très hostiles au clergé [189] ; selon eux, tout ce qui a été ravi à l’Église leur revient de droit et, à force de traiter leur pauvre ministre avec dureté, avec peu de civilité, celui-ci finit par être las de sa charge, sinon même de sa vie. En supposant qu’il s’agisse d’une personne tranquille et honnête, elle fait de son mieux et, le plus souvent, cet universitaire cultivé et raffiné se voit contraint à devenir un rustaud grossier qui mélancolise tout seul, à apprendre à oublier ou encore, ce qui est le cas de beaucoup d’ecclésiastiques, à devenir malteur, herbager, colporteur, &c. (maintenant qu’il a été banni de l’Académie, qu’il a rompu tout commerce avec les Muses et qu’il est confiné dans un village de campagne, comme Ovide avait été banni de Rome et envoyé au Pont), et à converser quotidiennement avec une compagnie d’imbéciles et de rustres.

 [*] Pour ce qui nous concerne, entre-temps (car nous sommes tout aussi coupables), on peut nous faire le même reproche et porter contre nous une accusation semblable, voire plus sévère encore ; n’est-ce pas à cause de nous, du fait de notre négligence et de notre avarice, que l’Église est si fréquemment le siège de trafics ignominieux (le temple est à vendre, et Dieu aussi), de tant de vilenies, qu’elle doit faire face à tant d’impiétés et de dissipations, qu’elle est devenue un cloaque insensé de misères & de désordres tumultueux ? tout cela, dis-je, est de notre faute à tous (particulièrement celle des universitaires). Notre premier tort est d’avoir permis à tant de maux d’envahir l’État ; c’est nous-mêmes qui les avons laissés s’immiscer et nous méritons le mépris et avons perdu toute dignité pour ne pas nous y être opposés autant que notre force aurait dû nous le permettre. Car que peut-on espérer de mieux quand tous les jours, sans discernement aucun, de pauvres élèves, des fils de la terre, des homoncules dépourvus du moindre mérite sont admis aux examens avec tant d’empressement ? Il suffit qu’ils aient appris par cœur une seule définition et une seule distinction, qu’ils aient passé le nombre requis d’années à engranger la logique, peu importe le profit qu’ils en retirent, peu importe s’ils deviennent éventuellement des ignorants, des radoteurs, des paresseux, des joueurs, des ivrognes, des moins que rien, des esclaves de la lubricité et du plaisir, tels


Les prétendants de Pénélope, les vauriens d’Alcinoos [190],


il suffit simplement qu’ils aient passé tant d’années à l’université et se soient vendus pour leur toge, leur candidature n’est reçue que par amour du gain et grâce à l’intercession de leurs amis ; il me faut ajouter qu’ils reçoivent en outre, lorsqu’ils quittent le collège, de magnifiques recommandations attestant leur moralité & leur savoir, recommandations rédigées largement en leur faveur par des personnes qui ont sans doute oublié leur conscience et sacrifié tout crédit. Car les docteurs, tout autant que les professeurs (nous dit François du Jon), ne s’intéressent qu’à une seule chose : que leurs diverses professions, lesquelles sont plus fréquemment illicites que légitimes, leur procurent de l’avancement & de l’argent qu’ils gagnent sur le dos du public [191]. En général, ceux qui ont la charge annuelle de nos universités ne désirent rien tant qu’un grand nombre d’élèves en quête de diplômes à qui ils pourront soutirer de l’argent [192], et peu importe qui ils sont, qu’ils aient ou non de l’éducation, il suffit qu’ils soient bien gras, luisants et de bel aspect, c’est-à-dire, en bref, qu’ils soient fortunés. Des philosophastres [193] ne connaissant rien aux arts se voient dotés de licences en art, les autorités déclarent sages ceux qui n’ont aucune sagesse et il suffit, selon elles, pour avoir un diplôme, de le désirer [194]. Les théologiastres (s’ils ont acquitté les droits) sont supposés suffisamment instruits, même davantage, et obtiennent les plus hauts diplômes. Et c’est ainsi que l’on voit partout tant de tristes bouffons, tant d’ignorants situés au crépuscule du savoir, tant de larves de pasteurs, tant de charlatans vagabonds, stupides, imbéciles et grossiers, des ânes, à peine du bétail, faire irruption, les pieds non lavés [195], dans l’enceinte sacrée de la théologie, munis seulement de leur impudence outrageuse, de quelques rebuts & de quelques billevesées scolastiques indignes d’être proférées au coin d’une rue. Voilà donc le type d’hommes indignes et faméliques, indigents, vagabonds, esclaves de leur ventre, qu’il faudrait renvoyer au manche de leur charrue, des hommes plus à leur place dans les stalles d’une porcherie que dans celles d’une église, voilà ceux qui prostituent dans la fange l’étude de notre théologie ; ce sont eux qui montent en chaire, qui pénètrent dans les maisons des nobles & qui, comme la faiblesse de leur esprit et de leur corps leur interdit tout autre métier, comme ils sont incapables de jouer un autre rôle dans l’État, se précipitent vers ce refuge sacré, s’accrochent par tous les moyens à la prêtrise, non pas avec sincérité, selon l’expression de Paul, mais en corrompant la parole de Dieu [196]. Je ne voudrais pas, toutefois, que quelqu’un ait l’impression que je cherche à rabaisser le moins du monde le grand nombre d’excellents hommes que l’on trouve dans l’Église anglicane, des hommes connus pour leur savoir et leur réputation sans tache et qui sont ici plus nombreux, sans doute, que dans tout autre pays d’Europe ; ni dans nos très florissantes universités, lesquelles produisent une grande abondance de fort doctes personnes dans tous les domaines du savoir, des hommes qu’il faut respecter pour leurs diverses vertus. Mais elles pourraient, l’une et l’autre [*], en produire bien davantage, accéder à une gloire plus grande encore, si leur lustre n’était pas souillé par ces taches, si leur pureté n’était pas corrompue par ces harpies, ces maquignons et ces mendiants qui leur envient leur suprématie. Personne ne peut avoir l’esprit aveuglé au point de ne pouvoir percevoir, personne ne peut être obtus au point de ne pouvoir comprendre, personne ne peut être obstiné dans son jugement au point de ne pouvoir reconnaître que la théologie sacrée est souillée par ces charlatans ignares et que les Muses célestes ont été plus ou moins prostituées et profanées. Ces âmes viles et effrontées (c’est ainsi que Luther les nomme quelque part), pour s’enrichir, telles des mouches qui se précipitent sur le lait frais, s’empressent aux tables des nobles et des héros dans l’espoir d’un poste ecclésiastique [197], d’honneurs ou d’un bénéfice et se rassemblent dans toutes les cours, dans toutes les villes, prêtes à accepter n’importe quelle tâche.


—Comme des marionnettes mues par d’autres mains [198],


toujours le nez au vent et, semblables à des perroquets, disant n’importe quoi pour obtenir un morceau [199] : parasites obséquieux, dit Érasme, qui enseignent, écrivent, disent, recommandent & approuvent n’importe quoi, même contre leur propre conscience, non pas pour le plus grand bien de leur troupeau, mais pour accroître leur fortune personnelle [200]. Ils acceptent n’importe quelle opinion ou dogme contraire à la parole de Dieu afin de ne pas offenser leur patron, de conserver la faveur de personnes influentes & d’entendre les applaudissements du public, afin d’amasser une fortune pour eux-mêmes [201]. En se lançant dans la théologie, ce n’est pas la chose divine qu’ils cherchent à servir mais bien plutôt leur profit personnel, ils ne cherchent pas à promouvoir les intérêts de l’Église mais à la piller, car tous défendent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ [202], dit Paul, ils ne recherchent pas le trésor du Seigneur mais le leur et celui de leur famille. Et ceci n’est pas seulement vrai pour ceux qui n’ont pas de fortune et sont de rang inférieur, ce défaut s’est aussi répandu dans les classes moyennes et supérieures, pour ne rien dire des évêques.


Dites-moi, prélats, que fait l’or dans un lieu saint [203] ?


L’avarice entraîne souvent les meilleurs des hommes sur la mauvaise pente [204], & également ceux qui devraient guider tous les autres par l’exemple de leur vertu ; ils indiquent la voie de la simonie et, s’écrasant contre cet écueil de corruption, tondre le troupeau ne leur suffit pas, il leur faut aussi l’écorcher ; où qu’ils aillent, ils dépouillent, ruinent, extorquent, menant ainsi leur réputation, voire même leur âme, au naufrage ; de sorte que le mal ne semble pas monter du bas vers le haut mais descendre du plus haut vers le plus bas ; d’ailleurs, comme quelqu’un l’a dit autrefois, Ce que quelqu’un a acheté peut fort bien être vendu ensuite. Car le simoniaque (pour emprunter à Léon I) n’a pas reçu de faveur, et s’il n’en a pas reçu, il ne peut pas en accorder, or s’il n’en a pas à distribuer, on ne lui en fera pas. D’ailleurs, ceux qui tiennent le timon du pouvoir, loin de promouvoir les autres, se mettent en travers de leur chemin, se rappelant par quels procédés ils en sont arrivés là. Car celui qui croit qu’ils se sont élevés grâce à leur culture est un imbécile ; plus encore, celui qui croit que l’avancement récompense le génie, le savoir, l’expérience, la probité, la piété et la dévotion aux Muses (ce qui était vrai autrefois, mais qui n’est plus qu’une vaine promesse) est certainement un insensé [205]. Je ne chercherai pas plus avant la nature et l’origine de ce mal ; c’est de là qu’ont jailli l’ignoble flot de la corruption, toutes les calamités, toutes les diverses infortunes qui troublent l’Église. C’est là qu’est la source de la simonie que l’on voit partout, c’est de là que proviennent toutes les plaintes, toutes les fraudes, toutes les impostures, c’est de là que jaillissent toutes les turpitudes. Et je ne dirai rien de l’ambition, de la flatterie, plus vile qu’à la cour, qui permet à ces gens d’échapper à leur piètre vie domestique, du luxe, de l’exemple immonde qu’est très souvent leur vie, laquelle est une offense pour beaucoup, de leurs beuveries sybaritiques, &c. Telle est la cause de la dégradation de l’Université, de la tristesse, aujourd’hui, sur les Camènes affligées [206], puisque n’importe quel homoncule ignorant des arts s’élève à l’aide de ceux-ci, reçoit de l’avancement et s’enrichit de cette façon, puisqu’il obtient des titres et des titres imposants qui lui permettent d’éblouir la multitude, de se donner de grands airs, de se pavaner en grande pompe et dignement, d’accorder beaucoup d’attention à sa personne - vénérable par la barbe, resplendissant par sa toge, étincelant de pourpre - et d’attirer encore davantage l’attention par un mobilier magnifique et un grand nombre de serviteurs. Exactement comme les statues sur les colonnes des bâtiments sacrés paraissent s’affaisser sous le poids, transpirer même, alors qu’en fait elles sont inanimées et ne contribuent en rien à la solidité de la pierre [207], ces gens-là aimeraient qu’on pense à eux comme à des Atlantes ; ils ne sont pourtant que des statues inertes, des homoncules sans substance, peut-être même des imbéciles & des ânes bâtés qui ne diffèrent en rien de la pierre. Pendant ce temps, les hommes doctes qu’ornent les attributs d’une vie sainte et qui portent le poids et la chaleur du jour [208] sont condamnés par un sort cruel à servir ces individus, à se contenter d’un salaire sans doute dérisoire, à ne pas pouvoir ajouter de titres à leur nom, à rester humbles et obscurs malgré leur valeur évidente, et ainsi, nécessiteux, sans honneur, ils mènent une vie retirée, enterrés dans quelque misérable cure ou enfermés pour toujours dans les murs de leur collège, où ils languissent dans l’obscurité. Mais je ne désire pas plonger davantage dans cette sentine. Telle est la cause de nos larmes [209], du deuil que portent les Muses, c’est ce qui explique pourquoi la religion, comme l’a dit Seyssel, est devenue ridicule et méprisable [210], pourquoi le sacerdoce est devenu abject (et c’est pour cette raison que j’ose répéter l’expression fétide d’une personne fétide au sujet du clergé), à cause de cette foule fétide [211], pauvre, crasseuse, mélancolique, misérable, indigne et méprisable.

Traduction de B. Hoepffner

[1Institutionum medicinæ, Liv. 3, Sect. 1, Chap. 11.

[2Praxeos, Liv. 3, « De mentis alienatione ».

[3†De melancholia tractatus, [Liv. 1], Chap. 3.

[4Pathologie, Liv. 2, Chap. 16.

[5Pathologie, Liv. 2, Chap. 16.

[6Exposition du 9e livre de l’Almansor, Chap. 16.

[7L’étude suppose une application continuelle et soutenue, liée à une volonté profondément ancrée. Cicéron : [De l’invention oratoire, Liv. 1, Chap. 25].

[8De miraculis occultis naturæ, Liv. 1, Chap. 17.

[9Les esprits les plus subtils & ceux qui réfléchissent le plus sont davantage touchés par la mélancolie.Continens, Liv. 1, Tract. 9.

[10[De triplici vita], †Liv. 1, « De sanitate studiosorum tuenda », Chap. 7.

[11[En fait, Lucilius : Fragment 771].

[12De l’Institution de la République, Liv. 5, Tit. 5, « Ob studiorum sollicitudinem ».

[13[Le Prince].

[14Gaspar Ens : Thesauri politici pars secunda, Apoteles. 31.

[15Knolles : The Generall Historie of the Turkes.

[16Knolles : The Generall Historie of the Turkes.

[17Actes des apôtres, 26:24.

[18Consilia, Liv. 1, Cons. 12 & 13.

[19Trop d’études ayant provoqué sa folie.Observationum et curationum medicinalium, Liv. 10, Observ. 13.

[20[De triplici vita], †Liv. 1, « De sanitate studiosorum tuenda », Chap. 1, 3 & 4, & Chap. 16.

[21[Dialogues des courtisanes, Dial. 3, § 3.] N’imite pas l’arc et les armes de Diane ; si tu cesses de le tendre, il perd sa force. Ovide : [Héroïdes, Ép. 4, Vers 91–92]. [La négation est de Burton]

[22Novæ motuum cælestium.

[23[Marlowe : Héro & Léandre, 1e Sestiade, Vers 471–472.]

[24[De triplici vita], Liv. 1, « De sanitate studiosorum tuenda », Chap. 3–4.

[25Diascepseon de sale, Liv. 4, Chap. 1.

[26Le cerveau se dessèche, le corps maigrit progressivement. Oratio de imaginatione.

[27Opusculum præclarum de omni pestilentia, Liv. 2, Chap. 5.

[28Les étudiants sont atteints de cachexie & n’ont jamais un teint sain ; leurs mauvaises facultés digestives multiplient indéfiniment ces symptômes. Johann Vochs : Opusculum præclarum de omni pestilentia, Liv. 2, Chap. 5.

[29[Horace : L’Art poétique, Vers 412–413.]

[30Lettres à Lucilius, Liv. 1, Let. 8, § 1.

[31Plaidoyer pour le poète Archias, [Chap. 6].

[32De mania & delirio, Spicel. 2.

[33Consilia, Liv. 3, Cons. 36 & 17.

[34Consultationum medicarum, Cons. 233.

[35Astrologiæ methodus, Chap. 33. Johannes Hanuschius, de Bohème, né en 1516, personne d’une grande érudition, fut pris d’un délire frénétique après avoir trop étudié. Da Monte cite l’exemple d’un Français à Toulouse.

[36Liber responsorum et consultationum medicinalium, Cons. 86 & Cons. 25.

[37Au cardinal Cesio, que le travail, l’insomnie & l’étude quotidienne ont rendu mélancolique. De atra bile commentarium.

[38Horace : Épîtres, Liv. 2, Ép. 2, [Vers 81–4].

[39Perse : Satires, Liv. 3, [Vers 86].

[40Sans doute seraient-ils incapables de nous donner un air de violon ? mais Thémistocle prétendait qu’il pouvait sans peine transformer une bourgade en une grande cité. [Plutarque : Vie de Thémistocle, Chap. 3.]

[41Un homme de talent, après avoir choisi comme résidence la tranquille Athènes, travaillé pendant sept ans, vieilli dans la lecture et la méditation, sort de chez lui plus muet qu’une statue et son allure fait de lui la risée de tous. Horace : Épîtres, Liv. 2, Ép. 2, [Vers 81–84].

[42Perse : Satires, Liv. 3, [Vers 80–84]. Burton donne la traduction anglaise de Barten Holyday.

[43J’ai prouvé l’erreur des Manichéens.

[44Après avoir rougi de confusion, il expliqua qu’il réfléchissait à un argument. De dictis factisque memorabilibus, Liv. 9, Chap. 3.

[45[De l’architecture ou art de bien bâtir, Liv. 9, préface.]

[46Plutarque : Vie de Marcellus, [Chap. 19, § 8–12].

[47†Marko Maruli : « De vita religiosa per exempla instituenda », in Exempla virtutum et vitiorum, Liv. 2, Chap. 4.

[48[Caractères.]

[49Il se promenait avec un masque de Furie, disant qu’il venait tout droit des Enfers pour surveiller ceux qui commettaient des fautes, et qu’il allait y redescendre faire son rapport aux dieux. Vie de Ménédème.

[50Pétrone : Satiricon, [Chap. 1].

[51†Lettre à Gaspar Schlick, chancelier de l’Empereur Frédéric III, [Euryale et Lucrèce, préface].

[52Lettres, Liv. 2, Let. 3.

[53[Opusculum præclarum de omni pestilentia.

[54Virgile : Énéide, Liv. 6, [Vers 275–277].

[55L’agriculture est d’un rendement certain, &c. Plutarque : Vie de Caton l’Ancien, [Chap. 21].

[56[Érasme : Adages, Chil. 2, Cent. 5, Adage 47.]

[57Tous les ans apparaissent des consuls & des proconsuls. Il ne naît pas tous les ans un roi et un poète. [Publius Annius Florus.]

[58[Pie II : Alphonsi regis memorabilibus, commentarius, Liv. 4, Chap. 19.]

[59[Martial : Épigrammes, Liv. 5, Épigr. 13, Vers 10.]

[60[Lettres à Lucilius, Liv. 11, Let. 88.]

[61Évangile selon saint Matthieu, 21:9 & 27:23.

[62Horace : Épîtres, Liv. 1, Ép. 20, [Vers 17–18].

[63Capretto : De contemnendis amoribus, Liv. 1.

[64John Barclay : Euphormionis Lusinini Satyricon, [Part 1, § 16].

[65Juvénal : Satires, Liv. 5, [Vers 125–127].

[66Le talent honore les astres.

[67[Phèdre, 259 B–C.]

[68[Ovide : Métamorphoses, Liv. 6, Vers 318–331.]

[69Aldrovandi : Ornithologie, Liv. 12 ; Gesner : [Historiæ animalium, Liv. 3], &c.

[70Andreæ, Menippus.

[71Ma Vie, Feuillet 24.

[72Préface de sa traduction de Plutarque : [Plutarchi… opus quo parallela et vitas appellant].

[73Disputationum de republica, [Liv. 2].

[74Ou, pareils aux chevaux, qui ne connaissent pas leur force, ils sont incapables d’évaluer leur valeur.

[75[Lettres, Let. 49.]

[76[Anabase d’Alexandre.]

[77Horace : Odes, Liv. 4, Ode 9, [Vers 25–28].

[78[Plaute : Les Captifs, Acte 1, Scène 1.]

[79Du mépris des choses fortuites, Liv. 1.

[80[De astronomia tractatus X, 1e Partie, Tract. 1, Chap. 8.]

[81[Buchanan : Le Franciscain, Élégies.]

[82[Hésiode : Théogonie.]

[83Buchanan : Le Franciscain, Élégies.

[84Satiricon, [Chap. 83].

[85Satiricon, [Chap. 83].

[86L’esprit que frappe la pauvreté est incapable de concevoir quoi que ce soit d’élevé ou de sublime ; d’abord il commence par négliger et bientôt il déteste les plaisirs et l’élégance de la littérature, car il ne voit pas quel profit tirer de ces études pour améliorer sa vie. Heins : [Poemata, Dédicace de « Peplus Græcorum epigrammatum »].

[87[Polonia, Liv. 1.]

[88[Robert Burton : Philosophaster, Acte 5, Scène 4, Vers 1920–1921.]

[89Epistolæ, Cent. 4, Epist. 21 [Les quatre derniers mots sont tirés du Télamon, « Lamentations d’Andromaque » d’Ennius, cités par Cicéron dans la troisième Tusculane, Chap. 19].

[*Défense de statuer imposée à une cour inférieure ou à une instance administrative par la magistrature royale.

[90Le Cicéronien.

[91Epistolarum, Epist. 2. [Bamborough pense que Causifici devrait être Carnifici, bouchers.]

[92Jean van der Does : Epodon ex puris iambis, Liv. 2, Car. 2. [En fait, mélange de 1, 2:45–49 ; 1, 5:104–107 & 1, 6:33–34.]

[93Boeotia.

[94John Barclay : Argenis, Liv. 3.

[95[Confessions, Liv. 1, Chap. 9.]

[96[Lettres, Let. 38.]

[97[Juvénal : Satires, Liv. 14, Vers 134.]

[98John Howson, Sermons, Sermon 31, 4 novembre 1597. Le sermon a été imprimé par Arnold Hatfield.

[99Perse : Satires, Liv. 3, [Vers 85].

[100Martial : [Épigrammes, Liv. 9, Épigr. 73, Vers 9].

[101Martial : [Épigrammes, Liv. 9, Épigr. 73, Vers 7].

[102[Perse : Satires, Liv. 5, Vers 62.]

[103Martial : [Épigrammes, Liv. 9, Épigr. 73, Vers 9].

[104Andreæ : Menippus.

[*Allusion au pillage des biens de l’Église à l’époque d’Henry VIII.

[105Je n’avais pas d’argent, je n’étais pas suffisamment effronté, j’étais incapable de me battre avec les autres, de m’adapter aux circonstances, de faire semblant. Il ne mangerait pas de choux, &c. [Horace : Épîtres, Liv. 1, Ép. 17, Vers 13–14.] Vous dirai-je la vérité ? Étant par nature peu doué pour la flatterie et les bassesses, je suis trop vieux à présent pour me refondre et n’en ai pas le désir ; ceci, malheureusement, peut gêner mes affaires et m’obliger à rester dans l’obscurité. De consolatione, Liv. 3.

[106Il serait malaisé de dire s’il était plus pauvre lorsqu’il connut Crassus. Vie de Crassus, Chap. 3. [Plutarque mentionne une litière et non un chapeau ; il semblerait que l’erreur vienne d’Amyot, et que North, dont la traduction anglaise était fondée sur le texte français d’Amyot, l’ait reproduite.]

[107Les Jours jovials, Liv. 6, Chap. 16.

[108[Eunape de Sardes : Vie des philosophes et des sophistes, 496.] [L’empereur est Julien l’Apostat.]

[109[Livre de Josué, 7.]

[110Ils attirent sur eux la colère de Dieu, d’aucuns y trouvent une mort éternelle, d’autres une terrible ruine. Serarius : Josue, ab utero ad ipsum usque tumulum.

[111[Tite-Live : Histoire romaine, Liv. 6, Chap. 14.]

[112Nicéphore Calliste : Histoire ecclésiastique, Liv. 10, Chap. 5.

[113Lord Coke, dans Le second Part des Reportes, Feuillet 44 v.

[114Euripide : Fragments.

[115Sir Henry Spelman : De non temerandis Ecclesiis.

[116[Diatribe upon the first part of the late history of tithes.]

[117[Juvénal : Satires, Liv. 6, Vers 282–283.]

[118Première Épître de saint Paul à Timothée, 4:2.

[119[Psaumes de Davis, 107:4.]

[120[Pseudolus, Acte 1, Scène 3.]

[121Horace : [Satires, Liv. 1, Sat. 1, Vers 67].

[122[Horace : Épîtres, Liv. 1, Ép. 1, Vers 66.]

[123Archéologie romaine, Liv. 7, [Chap. 70].

[124Frost and Fraude come to foule ends. [Camden : Remaines concerning Britain.]

[125Tome 1. Sermons, « De steril. trium annorum sub Elia ».

[126[Juvénal : Satires, Liv. 6, Vers 285.]

[127Ovide : Les Fastes, [Liv. 1, Vers 357].

[128[Allusion à l’oiseau qui s’était paré des plumes de l’aigle dans Ésope.]

[129Strabon : Géographie, Liv. 4, [Chap. 1, § 13–14]. [C’est-à-dire de l’or volé dans les temples, lequel faisait mourir ceux qui l’avaient touché. Voir Érasme, Adages, Chil. 1, Cent. 10, Adage 98.]

[130Homélies, [Homélie 15], commentaires sur les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens, 1, 5.

[131Fables, [1, « L’aigle et la renarde »].

[132François du Jon : Academia, Chap. 7.

[133L’art n’a qu’un ennemi, l’ignorant.

[134[Martial : Épigrammes, Liv. 8, Épigr. 55, Vers 5.]

[135Qui ne sait pas dissimuler ne pourra pas vivre. [Devise souvent répétée par l’empereur Frédéric Barberousse.]

[136Lipse : Epistolæ, Cent. 4, Epist. 21.

[137[Domenico Nani Mirabelli : Polyanthea, idest florum multitudo.] [Exemple de florilège où l’on trouve un savoir prémâché.]

[138Dr King, qui était Très révérend Évêque de Londres, dans son dernier sermon sur Jonas.

[139Ceux qui en ont le pouvoir et le loisir ont la morgue barbare de condamner les belles lettres.

[*La réforme du calendrier en 45 avant Jésus-Christ.

[140Lucain : La Pharsale, [Liv. 10, Vers 185–186].

[141Il s’intéressait à tout sans aucune mesure. Spartien : [Vie d’Hadrien, Chap. 14, § 9].

[142La fumée des études nocturnes leur abîmait les yeux. Choniates Nicétas : Chronike diegesis, Liv. 1.

[143Dans les temps anciens, les empereurs avaient décrété que grammairiens, logiciens et professeurs de droit, lorsqu’ils avaient prouvé leur érudition, devaient être honorés au même titre que les héros. Érasme : Lettre à Johann Fabri, évêque de Vienne.

[144[Plutarque : Vie d’Alexandre, Chap. 8, § 4.]

[145[Vie des sophistes.]

[146[Spartien : Vie d’Hadrien, Chap. 26, § 5.]

[147Virgile : Énéide, Liv. 1, Vers 79.]

[148[Plutarque : De la fausse honte, § 7, 531 E.]

[149[Pas dans le Protagoras]

[150Heins : Poemata, préface.

[151Aujourd’hui le nom vil d’un érudit.

[152Ils ont du mal à percer. [Juvénal : Satires, Liv. 3, Vers 164.]

[153[Martial : Épigrammes, Liv. 8, Épigr. 55, Vers 5.]

[154Adages, Chil. 4, Cent. 5, Adage 1.

[155Adages, Chil. 4, Cent. 5, Adage 1.

[156Adages, Chil. 4, Cent. 5, Adage 1.

[157Si j’avais fait comme d’autres, si je m’étais mis en avant, j’aurais pu, d’aventure, devenir une personne aussi importante que beaucoup de mes égaux.

[158Adages, Chil. 4, Cent. 5, Adage 1.

[159Adages, Chil. 4, Cent. 5, Adage 1.

[160Adages, Chil. 4, Cent. 5, Adage 1.

[161[Hérodote : L’Enquête, Liv. 1, Chap. 3.] [Anachronisme chez Hérodote.]

[162Catulle : [Poésies, Liv. 4, Vers 25–26].

[163Juvénal : [Satires, Liv. 7, Vers 1].

[164Personne n’est mécontent de notre Phébus, c’est avec tant de bonne grâce qu’il dirige ses rayons vers nous.

[165[Horace : Odes, Liv. 2, Ode 17, Vers 4.]

[166[Histoires romaines, Liv. 2, Chap. 45.]

[167[Histoires romaines, Liv. 2, Chap. 45.]

[168[Selon Camden, ce vers aurait été écrit par Giraldus Cambrensis lorsque Richard I a succédé à Henry II ; Burton pense à Charles I qui a succédé à Jacques I en 1625 ; ces lignes ont été rajoutées dans l’édition de 1628.]

[169Virgile : [Énéide, Liv. 6, Vers 143–144].

[170[Virgile : Énéide, Liv. 1, Vers 118.]

[171Car les favoris de la fortune jouissent rarement du sens commun. Juvénal : Satires, Liv. 8, [Vers 73–74].

[172Car qui voudrait qualifier de généreux un homme indigne de son rang qui n’a de remarquable que le nom ? Juvénal : Satires, Liv. 8, [Vers 30–32].

[173[Perse : Satires, Liv. 1, Vers 61.]

[174Personnellement, j’ai souvent rencontré à la campagne de nombreux gentilshommes valeureux et conversé avec eux ; dans certains domaines du savoir ils ne sont certainement pas inférieurs à bon nombre de nos universitaires, et parfois même supérieurs à eux.

[175Homère, lui-même, quand bien même serait-il accompagné des muses, s’il a les mains vides, Homère sera mis à la porte. [Ovide : L’Art d’aimer, Liv. 2, Vers 279–280.]

[176[Virgile : Énéide, Liv. 6, Vers 417–420.]

[177Connaissant l’histoire et tous les bons auteurs sur le bout des doigts. Juvénal : Satires, Liv. 7, [Vers 231–232].

[178Juvénal : [Satires, Liv. 1, Vers 74].

[179L’Âne d’or, [Liv. 4, Chap. 29 & 32].

[180Juvénal : Satires, Liv. 7, [Vers 30–32].

[181Bravo ! très bien ! : sans importance. ----Le savoir est lui-même une dot, une largesse suffisante. Jean van der Does : Epodon, Liv. 2.

[182On peut ouvrir toutes les églises avec par quatre portes : naissance et simonie, patronage et Dieu. Holcot.

[183[Lettres, 7, 5.]

[184Contra Gentiles : De Babila martyre.

[185Heins : [Poemata].

[186Première Épître de l’apôtre saint Jean, 5.

[187Epistolarum, Epist. 2.

[188[Première Épître de saint Paul aux Corinthiens, 15:32.]

[189Boniface VIII : Bulle : Clericis laicos.

[*Les pages suivantes, jusqu’à la fin de la subdivision, sont en latin.

[190[Horace : Épîtres, Liv. 1, Ép. 2, Vers 28.]

[191Academia, Liv. 6.

[192Touchons donc l’argent et faisons partir cet âne, comme ils le font à Padoue, en Italie. [Jon : Academia.]

[193Ils ont récemment été critiqués dans Philosophaster [de Robert Burton], une comédie latine présentée à Oxford, le 16 février 1617.

[194Andreæ, Menippus.

[195[Aulu-Gelle : Nuits attiques, Liv. 1, Chap. 9, § 18.]

[196Deuxième Épître de saint Paul aux Corinthiens, 2:17, [citant Homère : Iliade, Liv. 2, Vers 469–471].

[*Oxford et Cambridge.

[197Commentaires sur l’Épître de saint Paul aux Galates.

[198[Horace : Satires, Liv. 2, Sat. 7, Vers 81.]

[199Heins : [Poemata].

[200Ecclésiastes ou la manière de prêcher.

[201Commentaires sur l’Épître de saint Paul aux Galates.

[202[Épître de saint Paul aux Philippiens, 2:21.]

[203Perse : Satires, Liv. 2, [Vers 69].

[204Salluste : [Guerre de Jugurtha, Liv. 6, § 3].

[205Andreæ : Menippus.

[206[Juvénal : Satires, Liv. 7, Vers 2.]

[207Budé : Sur l’as, Liv. 3.

[208[Évangile selon saint Matthieu, 20:12.]

[209[Térence : La Jeune fille d’Andros, Acte 1, Scène 1.]

[210La Grant monarchie de France, Liv. 1.

[211Campion : [Rationes decem redditæ academicis Angliæ, Ration. 1].