Traduction & Translation
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Saint David’s Head

Disparition de Bernard Hœpffner / The passing of Bernard Hoepffner

Bernard Hœpffner, traducteur et écrivain a disparu le samedi 6 mai au pied de la falaise de Saint David’s Head (Pembrokeshire, Wales).
Une personne marchant sur le sentier côtier a signalé à 15:10 (heure locale) aux gardes-côtes la présence d’un homme dans l’eau, accroché au rocher et portant un sac à dos. Les recherches effectuées ce jour là et le lendemain par un hélicoptère et un bateau n’ont donné aucun résultat. Seule a été retrouvée une veste en peau contenant un portefeuille avec des photos et un peu d’argent.
L’enquête effectuée ensuite par la police galloise a permis de retracer le séjour de Bernard à Saint David, en particulier à l’hôtel où les photos de surveillance ne laissent aucun doute sur son identité. La veste est bien sa veste et les photos qui s’y trouvaient sont bien à lui.
Son corps a été retrouvé sur une plage au nord du Pays de Galles. Il a été identifié par le téléphone trouvé dans sa poche et la comparaison de sa radiographie dentaire.
Le corps de Bernard sera incinéré le 17 juillet à 11h30 à Narberth (Pays de Galles) et ses cendres seront dispersées sur le lieu de sa disparition, à Saint-David’s Head.
BBC 8 mai
Le récit de Chloe Hoepffner-Pettersson
BBC 9 juin
Western Telegraph 9 juin

Ce lieu était particulièrement cher à Bernard car il y avait séjourné longtemps, pendant les années 70, après avoir quitté Londres. Il y avait découvert la mer dans toute sa force et avait vraiment commencé là son exploration de la langue et de la littérature anglaise, en commençant par Joseph Conrad. J’ai eu la chance d’aller y passer quelques temps avec lui pendant lequel nous allions chercher des livres à la librairie de Haverfordwest, descendions au bord de l’eau pour y pêcher bars et maquereaux, là précisément où il a disparu, pour ensuite passer la soirée à cuisiner, boire et discuter. Ces moments passés avec lui dans le poste d’observation entouré de vitres qui dominait l’Atlantique est un des moment les plus marquants de ma vie. La disparition de Bernard en ce lieu même porte, pour moi, une signification profonde. Peut-être est-il avec le capitaine Nemo à observer l’autre côté du miroir et à boire un vieux whisky avec Robinson Crusoé et le Hollandais Volant.

Bernard laisse une fille, Chloé Hœpffner-Pettersson, un petit-fils, Pancho Hoepffner-Pettersson-Long, qui vivent en Andalousie, une sœur et deux frères ainsi que de nombreux amiEs et relations qui regrettent la perte d’un homme généreux et d’un traducteur de grand talent.
l’article du Monde
l’article de libération
en attendant Nadeau
à l’intérieur du crâne
Bibliobs
Bibiobs sur Marc Twain
ActuaLitté
France-Culture
Radio Nova (à 50’)
L’Huma
PERIPLUSULTRA
J’S THEATER
ENTRELAZOS
L’Obs 13 juillet 2017
Paris Review
Henry Colomer
Bernard devait inaugurer le Printemps des traducteurs le 7 juin 2017 en lisant un texte d’hommage à Jean Gattégno, entre autre traducteur en français de Lewis Caroll. Cette soirée a été transformée en un hommage à Bernard. La vidéo de cette soirée.
Encore sous le coup de cette disparition si soudaine, nous commençons à organiser ce que sera la continuation de l’œuvre de Bernard. Nous envisageons d’organiser un événement qui réunirait ses amiEs et sa famille dans sa maison de Dieulefit. Nous pensons que cela aura lieu le samedi 14 octobre 2017 à partir de 14h. Ses amis de Dieulefit pensent organiser un évènement littéraire à Dieulefit pour l’anniversaire de sa disparition, le 6 mai 2018.


On Saturday 6 May, the translator and writer Bernard Hoepffner lost his life at Saint David’s Head in Pembrokeshire, Wales.
At 3:10 pm, a walker on the coast path contacted the local coastguard to say that there was a man wearing a rucksack in the water, clinging to a rock. A search began, by helicopter and boat, and it extended into the next day. But it produced no result, apart from the recovery of a leather jacket in which there was a wallet containing some photographs and money.
A police investigation provided details of Bernard’s stay in Wales, and CCTV footage confirmed his identity. The jacket and photos were indeed his property.
His body have been found June 9 on a beach in north Wales, identified by his cell phone and comparing dental radiography.
His body will be incinerated in Wales and his ashes will be dispersed in the sea at Saint-David’s Head.
Bernard had a particular affection for this part of the world, and regularly spent time there after leaving London in the 1970s. It was where he discovered the power of the sea, and also where he began exploring English literature, starting with Joseph Conrad. During my visits to him, we went book-hunting in Haverfordwest and fished for bass and mackerel, just at the place where he disappeared. Our evenings were taken up in cooking, drinking and talking. The hours I spent with him in an observation post overlooking the Atlantic, with windows on all sides, were among the most memorable of my life. And the fact that this was where disaster overtook him seems to me to be deeply significant. Perhaps he is now with Captain Nemo, looking through the other side of the mirror, sipping a whisky with Robinson Crusoe and the Flying Dutchman.
Bernard is survived by his daughter Chloé Hoepffner-Pettersson, who lives in Andalusia, along with a sister, two brothers and a host of friends, all of whom are mourning the loss of a generous soul and a translator of enormous talent.
Bernard was meant to open the Printemps des Traducteurs with a reading of a text devoted to Jean Gattégno, who translated Lewis Carroll, among others, into French. The occasion was transformed on a tribute to Bernard himself.The event video.
We cannot yet say what will happen in the immediate future, with a number of publications in progress, some still to be completed, and the other aspects of such a sudden death. Bernard’s family and friends are planning a commemoration in his house in Dieulefit, probably October 14 2017 at 2PM.


Cher Monsieur,

Frédéric Forte m’a communiqué votre courriel, et je vous écris au sujet de votre frère.
Je l’ai rencontré à de très nombreuses reprises au cours de nombreuses années, et il a traduit le premier chapitre d’un conte que j’avais écrit.
Nos rencontres ont été à l’occasion de lectures, de colloques, …
Nous avions une passion commune : celle de la grande littérature anglaise depuis la Renaissance. Chaque fois que nous nous sommes vus, nous en avons parlé, parfois longuement.
Nos deux dernières rencontres ont été, l’une à la présentation de sa traduction d’un beau roman de Gabriel Josipovici, l’autre en Arles, en novembre, aux Assises de la traduction. J’avais tenu à y venir, en dépit de mon état de santé.

Je tiens votre frère pour un très grand traducteur, comme il ne s’en rencontre guère plus d’un ou deux par siècle. Et ses traductions, comme celles de tous ses grands prédécesseurs sont des œuvres d’art, de grand art.

La nouvelle de sa mort me bouleverse. J’admirais aussi l’homme à la fois orgueilleux de son art, et modeste, généreux, ce qui est bien rare.

Jacques Roubaud


Lorsque les Editions du Rocher ont decidé vers 2000 de publier en français mon récit historique Célestine : Voices from a French Village (Sinclair-Stevens 1995) ils m’ont donné comme traducteur Bernard Hoepffner - quelle bonne chance pour moi ! Non seulement était-il vraiment doué pour ce genre de travail (son talent a été reconnu ensuite par nombreuses maisons d’édition et par des auteurs de plus en plus distingués) mais il avait la finesse de comprendre l’importance et la qualité d’une rélation productive entre traducteur et auteur.

Pour Célestine, memoire d’une femme du Berry - titre français donné par du Rocher, que ni lui ni moi aura choisi - il a tout de suite compris que ce livre avait été recherché par moi en France et donc en français, dans un sens pensé en français, et ensuite converti par moi en anglais simplement parce que c’est en anglais et en Angleterre que j’écris. "En le traduisant en français", m’a-t-il-dit, "j’ai l’impression de retourner le livre à sa propre langue !" C’était de même avec mon livre suivant, Le Voyage de Martin Nadaud. Je lui ai fourni les versions "originales" de tous les documents et les conversations avec des gens ; donc nous avons dans un sens travaillé ensemble. Il était toujours disponible. Et lorsque la parution en français de Célestine a été fêtée dans le petit bourg qui a inspiré le livre, Bernard, en compagnie avec Cathérine, a traversé la France pour être présents avec moi dans la Salle des Fêtes.

Et pourtant, il est resté pour moi un personnage un peu mysterieux. J’ai compris qu’il ne tardait pas toujours sur place ; qu’il avait peut-être non pas une vie mais une serie de vies... Et lorsque j’ai appris par son frère la tragique nouvelle de sa disparution, j’ai pensé que ce mot - si habituel en français - était pour une fois tout à fait juste. Bernard est, tout simplement, disparu. Sans bruit, sans traces physiques, sans même avoir laissé son vrai nom dans l’hôtel où il a passé sa dernière nuit. Une fin bizarement appropriée pour quelqu’un qui était, pour toute sa vie, un voyageur à travers les vies des autres.

Gillian Tindall


Jacques : This is terribly grim news indeed. Great translator and greater friend. Below is the last message I received from Bernard, which I am sure you have seen. We were all looking forward to a gathering in Paris about two weeks from now. Had no idea that Bernard was heading to Wales. Did he tell you he was going there ? Certainly we are all feeling the loss.

Forwarded message ----------
From : Bernard Hœpffner
Date : Mon, Mar 6, 2017 at 2:14 AM
Subject : Huck Finn
To : Robert Coover

Dear Bob, received the Finn last week, slightly damp after a week in the letter box as I was a week at the Beaux-Arts in Bourges ; but it’s dry now and as good as new, and I will be able to read it as a book and not as pages on a screen. Thank you.
Nevertheless, I managed to push back translation contracts and have nothing for the next few months so I can at long last write for myself. Which I’m doing with gray energy.
I hope you’re both fine and hope to see you one of those days.
Best,
Bernard

Robert Coover
Department of Literary Arts
Brown University


Cher Jacques Hoepffner,
j’ai bien reçu votre mél, et je vous en remercie.
J’ai rencontré Bernard pour la première fois il y plus de 30 ans. A l’époque, on était collègues à l’Université Lyon 2. Par la suite, comme lui, j’ai migré vers la traduction (mais dans le sens contraire, français-anglais). Je précise que je suis loin d’être arrivé aux sommets de l’art qu’il a atteints.
Pendant qu’il vivait à Lyon, on se voyait régulièrement. Par la suite, bien moins, et pourtant je pense ne pas me tromper en disant que le contact n’a jamais été rompu.
Ma dernière visite à Dieulefit remonte à l’automne 2015. Il faisait un temps splendide. Nous cueillions du raisin sur sa terrasse, à 20 mètres, des noix. Et son potager nous fournissait tout ce qu’il fallait pour faire une ratatouille.
Je me sens ébranlé par sa disparition. Mais les circonstances me troublent aussi. Ceci dit, je ne possède que les éléments évoqués dans le reportage de la BBC datant du 8 mai, et je suppose qu’il existe des renseignements plus récents.
S’il y en a que vous voudriez faire circuler, je vous remercierais de me garder dans votre liste de destinataires.
Bien à vous,

John Doherty


Cher Jacques Hoepffner,
Un mot de partage et de solidarité de la part de tous les amis oulipiens de Bernard.
Courage,

Paul Fournel


Cher Jacques Hoepffner,
Je viens d’apprendre la disparition de votre frère et suis sous le choc. Je l’aimais énormément. C’était une des personnes les plus libres et inventives que j’ai jamais rencontré et j’ai passé (trop peu) de formidables moments avec lui à parler de traduction, poésie et littérature pendant des heures entières.
Il va beaucoup me manquer et je suis de tout cœur avec vous et tous vos proches.
Bien sincèrement à vous,

Frédéric Forte
un ami de Bernard, poète et membre de l’Oulipo


Dear Jacques,
Now I’ve had a little time to digest the sad news I want to write again and tell you how very much my thoughts are with you and all the family. Bernard was an exceptional man, I felt this from the moment I met him. The better I got to know him the more I felt a sense of kinship with him, difficult to explain, but which one does not often feel in the course of ones life. Two years ago Tamar and I spent three very happy days at his house in Dieuiefit. I loved his translations of my novels (hearing us both read the same chapter of one of them Tamar said to me afterwards : You know, it reads better in French), admired his openness to life and art, his wit, his fine intelligence, and the fact that he did not take himself too seriously. He had become a part of our life and we will miss him terribly.

Gabriel Josipovici.


Cher Jacques Hoepffner,
Nous ne nous connaissons malheureusement pas, mais j’apprends avec une grande tristesse le décès de votre frère Bernard. Je suis écrivain, membre de l’Oulipo (nous avions invité d’honneur Bernard voici quelques années), et je me réjouissais, venant d’acquérir une maison de campagne à Montjoux, près de Dieulefit, de la perspective de joyeuses soirées avec lui. Je suis très troublé aussi des circonstances affreuses de sa disparition.
J’aimerais vraiment partager votre tristesse, mais la formule est menteuse hélas : les tristesses s’additionnent et ne se divisent pas.

Hervé Le Tellier


Il est parti. Parti en solitaire au pays de Galles, emporté par la mer lors d’une balade sur des rochers.
Parti tel un Moby Dick de la traduction défricher un autre continent, avec l’hénaurme génie et l’hénaurme humour qui sont les siens.
Parti plus que disparu parce qu’il est à mes yeux un homme qui se projette, et nous projette, vers des inventions, des promesses, des territoires à ouvrir et à conquérir sans cesse. Parce que l’homme qui s’est ri de tant de frontières, linguistiques et autres, et a réjoui tant d’hommes, de femmes, d’oreilles et d’esprits, ne peut pas disparaître.
Paix à cet homme de légende. Vide océanique pour tous les Amoureux et les Fous de la langue.

Attila Virot


Oh, Jacques – I’m so very sorry : please accept my condolences, and extend them to Bernard’s daughter. He was a truly remarkable man : brilliant intellectually and creatively ; heterodox in his views and modes of being – a true original. Thank you for letting me know about the event at Maison La Poesie – I will see if I can rearrange my schedule to be in Paris that day.
My sincere condolences,

Will Self


une image envoyée par Jean de Brayne (17 août 2016)


Cher Jacques
Je suis une amie traductrice anglaise de Bernard. La nouvelle de sa disparition me laisse sans voix. Je voudrais exprimer mes condoléances à vous et à tous ses proches. C’était un ami, un traducteur sans pair, un être humain unique. Bernard et moi avons animé un atelier au CITL d’Arles en janvier de cette année et je joins 2 photos de cette semaine mémorable qui restera à jamais gravée dans mon cœur. Sa grande intelligence, son humour, son humanité vont nous manquer cruellement.
Vous et l’entourage de Bernard sont dans mes pensées,

Ros Schwartz


Cher Jacques,
Merci merci pour nous avoir transmis ces messages. En ce qui me concerne, je suis effondrée... Bernard collaborait au CETL, y était un des meilleurs correcteurs et dirigeait un mémoire qui allait bientôt connaître sa soutenance sous sa direction à Paris ...
Je nous revois à Sarajevo, où nous participions tous les deux aux splendides journées du livre et de la lecture, Jeanne Moreau était là aussi... Où nous buvions notre petit café tous les matins dans le vieux quartier musulman...
En lisant la description de son tragique destin, je songe à ce tableau mythique de Caspar Friedrich, Homme de dos regardant la mer... ou la mort...La silhouette pourrait être celle de Bernard...
Je le répète : je suis effondrée et penserai à lui encore longtemps, longtemps...

Françoise Wuilmart, une copine et une collègue....


Dear Jacques,
I first heard of Bernard through his translation of the entirety of Burton’s Anatomy of Melancholy for Éditions José Corti. While we knew each other by correspondence only, our exchange, which began in 2015, was something of a mise en abyme. The novel of mine he wanted to translate into French, Permission, was a book of correspondence, as was his book, which he shared with me. It is with melancholy pleasure that I now await the publication of an excerpt from this epistolary magnum opus in the American journal Numéro Cinq. I was glad not to have to translate it myself (the letters being already in English), as I would surely have fallen short of his high standard. Another unpublished piece of writing he shared with me, "Portrait of the Translator as Con-Man," was a humorous yet serious self-reflection, mixing the absurd and the arcane in Joycean fashion to get at the task of the translator, which was also his life. In the end I got to know the originally creative and impish Bernard. His melancholy, if he suffered from it, was of the inspired kind, and no doubt what drew him to Burton, an "antic or personate actor" who saw himself as Democritus Junior, and melancholy as multifaceted, as life itself.
I will always regret never having met him in person.
Best,

S.D. Chrostowska


Jacques,
La mer dit qu’elle l’a emporté, qu’elle ne le rendra pas, et je ne veux pas le croire, que nous avons perdu Bernard, un ami rare, un très cher ami, un grand rire dans la mélancolie, une tendresse infinie, une lumière pour marcher et sourire dans l’existence, une présence impossible à combler, une immense raison de traduire. Notre douleur s’additionne à la vôtre, nous gardons en nous le souvenir vivant des moments, intenses et généreux et pleins de douceur, passés avec Bernard à Dieulefit ou ailleurs. Vous êtes, avec sa fille Chloé et son petit-fils, et tous ses proches, dans nos pensées bouleversées.

Sika Fakambi, Tristan, et Lila


Cher Jacques Hoepffner,
j’ai connu Bernard à Bruxelles, il y a une dizaine d’années, dans le cadre des ateliers du CETL, et nous avions vivement sympathisé lors du déjeuner qui nous avait alors réuni avec Françoise Wuilmart, puis durant notre voyage de retour à Paris, en Thalys.
Sa disparition marque une perte irremplaçable pour tous les auteurs, vivants ou morts, dont il aurait encore si brillamment et généreusement traduit les œuvres. Bernard restera avant tout pour moi l’auteur de la traduction fabuleuse de l’Anatomie de la mélancolie, publiée chez José Corti, par Fabienne Raphoz et Bertrand Fillaudeau, mes éditeurs de prédilection. Cette terrible nouvelle m’attriste au plus profond du cœur et je vous transmets mes bien sincères condoléances.

Joël Gayraud


Bonjour Monsieur,
J’ai rencontré Bernard il y a 3 ans nous avons siégé dans une commission du CNL tous les 3 mois a Paris jusqu’au debut 2017.
Chacune de nos rencontres a été si riche, si drole, si forte et si simple.
Avec tous les membres de cette commission, aujourd’hui devenus amis, nous suffoquons de la nouvelle de sa disparition.
Bernard a souvent évoqué sa famille, ses parents, son histoire.
Je viendrais a la maison de la poesie le 7juin.
Je vous serais tres reconnaissante de me tenir informée de la suite.
Et je vous adresse toutes mes condoléances.

Isabelle Lemarchand (librairie La Page, Londres)


Cher Jacques,
Je vous remercie de m’avoir contactée. Je suis bouleversée. Je n’arrive pas à croire que Bernard ait pu partir ainsi... seul. J’adorais Bernard. C’était toujours une joie d’entendre sa voix au téléphone, de le voir, de voir son regard, son sourire juvéniles. J’ai adoré travailler avec lui, il était pour moi comme une famille intellectuelle, un ami inattendu, et j’attendais avec impatience de lui proposer de nouveaux projets. Dans ce monde si convenu de l’édition, parler, travailler avec Bernard était une bouffée d’oxygène, d’authenticité, de vie - il me donnait souvent le courage de continuer, de garder une exigence intacte. La dernière fois que je l’ai vu, c’était chez lui, dans sa maison à Dieulefit. Nous étions venus avec mon mari et mon petit garçon et ils nous avaient reçus avec sa chaleur, sa simplicité et sa bonté habituelles, l’air de rien, en nous faisant découvrir des livres magnifiques et en nous racontant quelques anecdotes savoureuses. Nous avions mangé des figues en riant sous le soleil. J’espérais le revoir bientôt à Bruxelles, où nous vivons, je l’encourageais souvent à venir, même si je savais que Bruxelles lui rappelait trop de souvenirs amoureux sensibles. Il m’avait invitée à y contacter ses amis... Bernard fait partie de ces rares personnes avec lesquelles nous nous sentons vraiment vivants, libres, plein de joie. Je ne cesse de penser à lui et à cette fin impossible. Je pense à vous et à sa fille, que je ne connais pas, à votre tristesse. Je pense à tout ce qu’il avait encore à faire ici... J’ose croire que de là où il est, il est entouré de tous ceux qu’il a aimés, qui l’ont aimé, tel qu’il est, comme un homme tendre, parfois un peu orphelin, si intense, toujours amoureux, et capable de tout,

Jeanne Boratav-Barzilai


Cher Jacques Hœpffner,
La disparition de Bernard est un choc pour beaucoup d’entre nous, qui avions avec lui des relations à la fois professionnelles et amicales, et pour qui il était une figure essentielle.
Mes pensées vont à sa famille, dont il m’avait parlé : à vous-même et à sa fille Chloé.

J’ai dû commencer à travailler avec lui, pour le musée d’Art contemporain de Lyon, alors que je m’occupais du suivi éditorial de certains catalogues d’exposition, en 1998 ou 1999 (je pense à Robert Morris, From Mnemosyne to Clio, the Mirror to the Labyrinth, en particulier) - en même temps qu’avec John Doherty, traducteur du français vers l’anglais, qui était aussi l’ami de Bernard.
Très vite cette relation de travail est devenue amitié, avec Bernard et aussi Catherine Goffaux, auxquels j’ai rendu visite à Dieulefit.
Je suis ensuite restée en contact avec Bernard jusqu’à son départ pour les Pays-Bas, moment où j’ai moi aussi déménagé plusieurs fois. Il m’avait généreusement prêté sa maison, une semaine, un hiver.
Je l’ai revu il y a deux ou trois ans, au marché de la Poésie, place Saint-Sulpice à Paris.
Mais tout au long des années, nous avions maintenu un contact parfois régulier, parfois intermittent, par téléphone, soit à la faveur de projets éditoriaux et de traduction, soit simplement pour discuter littérature - et j’avais bien sûr suivi ses travaux, notamment la traduction de l’Anatomie de la Mélancolie, ou plus récemment, celle d’ouvrages de Twain.

L’an dernier, je lui avais demandé s’il accepterait de se charger d’une nouvelle traduction dont j’assurerais l’édition : celle du texte le plus important du photographe Walker Evans, un entretien avec l’éditeur Leslie Katz, pour le magazine Art in America, paru en 1971.
Avant d’être photographe, Walker Evans avait voulu devenir écrivain et, sauf une décennie, de 1933 à 1943, où il aura produit l’essentiel de son œuvre photographique, il n’aura, de sa vie, jamais cessé d’écrire. Connaissant ses textes, qui témoignent souvent d’une langue très littéraire, et son goût profond pour l’écriture, je souhaitais que ce soit Bernard, et nul autre, qui traduise cet entretien.
Cela aura été un grand plaisir pour moi de le retrouver ainsi, cet hiver - comme si nous avions collaboré la veille.
Walker Evans, Le Secret de la photographie. Entretien avec Leslie Katz est paru aux Editions du Centre Pompidou en avril 2017, peu avant le vernissage de l’exposition en cours.

Nous savons quel grand traducteur était Bernard - sans doute le plus grand depuis Pierre Leyris -, pour sa curiosité, sa passion, sa finesse et son exigence.
Sa fantaisie, sa générosité, sa vivacité resteront aussi.
Je garderai de lui quantité d’images, de Dieulefit ou d’ailleurs - et j’entendrai toujours le son de sa voix magnifique.

Malheureusement je ne pourrai être à la Maison de la Poésie le 7 juin, des raisons professionnelles me retenant loin de Paris.
Croyez que je serai de tout cœur avec vous, et avec ceux qui, si nombreux, l’appréciaient et l’aimaient tant.

Je suis sûre qu’il n’est pas loin.
Cordialement,

Anne Bertrand


J’ai connu Bernard il y a trois ans grâce à la commission extraduction du CNL : Isabelle, Florence, Isabel, Maylis, Nicole, Esther, Carole, Ian, Pierre. Et pour le CNL : Florabelle, Marie-Flore, Natacha, Jérôme.
L’entente était parfaite entre tous les membres… nous avons passé des moments inoubliables en parlant de livres à traduire, ou pas ! Bernard et Ian étant les “experts” en langue anglaise. Bernard était exigeant. Sous son sourire et son humeur se cachait une âme forte, un esprit redoutablement sensible et sensé. Nous avons pu, parfois, parler, en marge de la commission, pendant le déjeuner, au moment de la cigarette fumée dans la belle cours du CNL, toujours entouré de filles… La vie, les enfants, les voyages, les livres, l’amour, la jeunesse, le temps… tout y passait ponctué de son rire sonore.
Il faisait des compliments, il aimait l’harmonie, la beauté, l’équilibre mais était fortement attiré par l’aventure, le risque, les défis à soulever, sa défense farouche du juste.
Il aimait sa vie quelque peu retirée dans le sud, toujours hyper actif, ayant beaucoup d’amis mais fidèle à sa solitude.
Sa verve haute, son intelligence vive, ce regard bleu bien ouvert sur les autres et le monde a fait nos délices au sein de la Commission. Nous avons ri, beaucoup ri, tous, nous avons bu et rit et parlé dans une belle complicité. Comme des petits conspirateurs défenseurs d’une certaine littérature.
J’ai l’impression de l’avoir a côté, sa présence perdure. Il est là, toujours là, voletant, nous poussant à aller plus loin, à ne pas nous laisser berner par les beaux discours, il est là, pour nous tirer vers le haut. Il est là, avec son sourire, ses beaux yeux, sa lumière…

Grecia Caceres


Monsieur,
Je me permets d’utiliser l’adresse mentionnée sur le site de Bernard Hoepffner pour vous adresser toutes mes condoléances.
J’ai été abasourdie par la nouvelle que Jörn Cambreleng m’a transmise jeudi. J’aimais beaucoup votre frère, que je ne voyais hélas plus que de loin en loin ces derniers temps, après l’avoir beaucoup fréquenté à une époque où je traduisais aussi. Chaque fois néanmoins, nous reprenions la conversation comme si nous l’avions laissée la veille, et sa vitalité intellectuelle - même quand il n’était pas moralement au meilleur de sa forme - me faisait l’effet d’un formidable remontant. J’avais beaucoup pensé à lui dernièrement en faisant la connaissance d’un autre formidable traducteur, turc celui-là, et me réjouissais de les réunir autour d’un déjeuner dès qu’ils seraient tous deux à Paris. Je suis infiniment triste que cette rencontre ne puisse avoir lieu, et que la conversation et la complicité s’interrompent. Les circonstances de la disparition de Bernard me remplissent d’effroi.
Je vous souhaite énormément de courage, ainsi qu’à sa fille dont il m’avait beaucoup parlé, et vous serais très reconnaissante de me faire savoir si une cérémonie ouverte aux amis devait se tenir (je serai, naturellement, le 7 juin à la Maison de la poésie).
Bien tristement à vous,

Judith Roze


Cher Jacques,
Libraire, j’avais rencontré Bernard il y une dizaine d’années, à mes débuts aux comptoir des mots, au moment où je découvrais avec jubilation l’écriture de Sorrentino, à la parution de Salmigondis. Ce livre, qui m’a valu parmi les fous rires les plus épiques de toute ma vie de lectrice, m’avait été conseillé par Frédéric Forte. J’avais écrit sur les "mots" que nous posons sur les livres que je remerciais Bernard Hoepffner, le génial traducteur de ce chef d’œuvre d’exagération littéraire qu’est Mulligan Stew. C’était arrivé aux oreilles de Bernard, il avait débarqué un jour dans la librairie pour voir celle qui avait écrit cela... Nous avons eu par la suite le plaisir de le recevoir tant de fois au comptoir, d’abord pour cette soirée mémorable, "la nuit des traducteurs fous", avec Claro - sa lecture d’un passage de Noir de Coover ce soir là... si je pouvais en trouver un enregistrement !, puis pour nombre des ses traductions, parfois en compagnie des écrivains qu’il servait si magistralement, Robert Coover, Gabriel Josipovici... La générosité avec laquelle il partageait son érudition, sa malice foudroyante, son talent de lecteur à haute voix... Ces soirées restent dans la mémoire de ceux qui ont eu le bonheur d’y assister comme des moments exaltants.
C’était toujours une joie de voir Bernard, de parler de toute sortes de choses mais avant tout de littérature. Je partage également depuis une dizaine d’année l’aventure d’une maison d’édition, Cambourakis, qui est celle de mon compagnon. Bernard a toujours porté un regard bienveillant sur notre travail, saluant notamment la publication des œuvres de Stanley Elkin, traduites par Jean-Pierre Carasso - autre grand "monstre" de la traduction de langue anglaise. Le décès de ce dernier, l’année dernière, nous avait également plongé dans une grande tristesse. A nos yeux, seul Bernard aurait pu reprendre le flambeau concernant l’œuvre diabolique de Stanley Elkin, nous l’avions évoqué parfois, entre autres grands projets fous en attente d’opportunité financière permettant de se lancer...
Mais c’est seulement l’année dernière que nous avons pour la première fois réellement travaillé ensemble, lorsqu’il a accepté avec grand enthousiasme de traduire le si beau livre de John Keene, Contrenarrations. Si j’en crois la base de donnée Electre, ce livre restera la dernière œuvre de fiction traduite par Bernard a avoir été publiée de son vivant. Avoir eu la joie de travailler avec Bernard est un privilège immense.
Immense est donc ma peine à l’annonce de cette disparition.

Géraldine Chognard


Oui Jacques, il me semble que tu étais éclairagiste ou technicien son pour Jeff, pour le reste, comme toi, ma mémoire m’échappe et il me semble que j’aurais oublié cette brève rencontre si je n’avais ensuite rencontré Bernard et fait le lien avec toi, tous les deux des personnages étranges, attirants, mystérieux, restés présents en moi
j’ai rencontré Bernard par mon très cher ami défunt Claude Riehl, immense traducteur de l’allemand, et c’était à l’époque de la revue La Main de singe
Bernard est venu chez moi faire une lecture et ensuite, après la mort de Claude, il a eu la générosité de critiquer un de mes textes que je lui avais envoyé
Chez Claude autant que chez Bernard, j’ai apprécié la brutalité (peut-être ce n’est pas la même dont tu parles), je me souviens d’une phrase de sa lettre : « dès qu’on trouve que ce qu’on écrit est beau, il faut s’en méfier » , citation de mémoire mais tellement juste…
La dernière fois que j’ai vu Bernard c’était au salon du livre à Paris, il était anxieux de devoir prendre la présidence de l’association des traducteurs, c’était avant qu’il ne quitte La Haye. Je ne savais pas qu’il avait une fille.
Pour moi, ce que je ressens, c’est qu’il manque, brutalement. J’avais une immense affection et une immense admiration pour son travail.
Peut-être que la mélancolie l’a pris, autant que la mer. Cette mélancolie sur laquelle il a travaillé si longtemps avec sa traduction de Burton.
Je pense à vous

Marie Frering


Jacques,
J’ai fait la connaissance de Bernard il y a presque dix ans, il avait été proche de Max Sebald et nos échanges sur la mélancolie, sur la grande littérature anglaise, sur la traduction m’ont accompagnée toutes ces années, jusqu’à Londres où je m’occupe aujourd’hui du bureau du livre et de tout ce qui touche à la traduction entre le français et l’anglais. Nous prévoyions avec Bernard de faire bientôt à Londres une grande fête/rencontre qui aurait réuni tous les écrivains (vivants ! mais dans le souvenir des morts aussi) qu’il avait traduits dans sa vie. Cette fête aurait été comme Bernard, d’une générosité sans fin.
Profondément triste de perdre un ami et un modèle, je vous envoie mes condoléances.

Lucie Campos


Hommage du CETL à Bernard

En 1989 le CETL ouvrait ses portes, et comme "Charles 5" à Paris il comptait bien ne faire appel qu’aux meilleurs professionnels de la traduction littéraire pour former ses ouailles. Bernard répondit aussitôt à l’appel pour le plus grand bonheur et le plus grand honneur des étudiants. A la lecture du palmarès du professeur, tous s’attendaient à accueillir un Monsieur respectable en costume et cravate, Dieu merci c’est un personnage dégingandé portant jeans et boucle d’oreille unique, à la tignasse dans le vent, qui allait, des années durant, nous dispenser son immense savoir d’autodidacte érudit et de traducteur hors pair. Il nous venait tantôt du sud de la France, tantôt des Pays-Bas, tantôt de Bruxelles pour enseigner ou diriger un mémoire. Sans compter les multiples corrections épistolaires quand le CETL a inauguré ses cours à distance. Fidèle il nous le restera jusqu’au bout, ce formateur d’une précision incroyablement généreuse.

Juste pour la petite histoire : professionnellement lui et moi partagions les mêmes points de vue sauf un seul, notre unique "pomme" de discorde : en effet il affirmait qu’un traducteur doit d’abord lire le livre en entier avant de s’y attaquer, je lui tenais tête en prétendant le contraire... et cela nous faisait bien rire (je le taquinais en lui faisant remarquer que cette "pomme" était bien visible dans son cou chaque fois qu’il voulait me convaincre en agitant sa glotte !).

Bernard.... nous t’avions pris comme modèle à notre Foire du livre de Bruxelles ce vendredi 2 mars 2006... Notre idée était de te faire travailler sans filet et de laisser voir à tous ce qui se passait dans ta tête quand tu traduisais. "L’idée de l’auto-autopsie m’intéresse plutôt", avais-tu répondu à cette invitation insolite.
Nous t’avions donc soumis un texte anglais inconnu de toi ; dans ton dos, un écran géant laissait voir sans pudeur tout ce que tu tapais sur ton clavier, ou gommais, ou raturais... Depuis lors l’expérience s’est renouvelée, me suis-je laissé dire, mais tu fus le premier à te prêter à cette opération à cœur ouvert, tu fus le pionnier de cette "cuisine ouverte du traducteur".

Notre cher Bernard : pour le CETL tu étais en train de diriger le mémoire de Catherine Selosse, un choix de poèmes de John Clare sur les oiseaux, et l’étudiante était aux anges de pouvoir travailler régulièrement sous ta houlette.... La soutenance aurait eu lieu à Paris, l’an prochain. Quelle déception, parmi tant d’autres certes....

Quant à ta disparition tragique on ne peut s’imaginer qu’avec effroi ce que tu as dû ressentir dans ces quelques secondes de violence inouïe : plus une âme est subtile, plus les chambres d’écho d’un cerveau sont multiples et plus les résonances sont fortes, dans la beauté ou dans l’horreur... Nous tentons tous de comprendre ton dernier parcours : sans doute voulais tu avant même de te poser dans ce lieu de tes jeunes années, revoir l’endroit magique et grandiose que te rappelaient probablement tant de passages traduits par toi. Sans doute as-tu voulu cette fois encore, te risquer, franchir la ligne du possible, sans doute t’es-tu avancé trop loin, enivré par les embruns du grand large, sans doute ton pied a-t-il glissé... Nous repassons tous le film de la suite dans notre tête, mais nous ne saurons jamais...

Comme tu vas nous manquer à la grand-messe des traducteurs en novembre prochain, comme tu vas manquer tout court à tant de personnes...
En pensant à ta confrontation finale avec les éléments déchainés, on songe immédiatement à ce tableau de Caspar Friedrich : Homme de dos contemplant une mer de nuages... car cette silhouette, regardant la mer et... la mort ?, te ressemble étrangement...

So long dear Bernard, so long...

Françoise Wuilmart au nom de tous tes étudiants du CETL


Cher Jacques Hoepffner,

Tout d’abord, je veux vous dire mon infinie tristesse, et mon immense désarroi à la nouvelle de la disparition de Bernard. Je l’ai rencontré avec Jeanne il y a deux ans, et nous avons plusieurs fois parlé au téléphone (très récemment encore, il m’avait proposé de participer au Printemps des Traducteurs).Je suis, en tant que traducteur, un grand admirateur de son travail, de son énergie, de sa voracité, de son savoir. Dans Chronicart où j’ai travaillé plusieurs années, j’ai fréquemment défendu ses choix, son audace et la vie qu’il savait donner aux textes les plus difficiles. Il était incroyable, vraiment incroyable, et humainement, c’était la même chose : un séducteur par lequel on ne pouvait que se laisser séduire. Notre fils avait joué chez lui l’été où nous sommes allés le voir, je m’en souviens encore - il lui avait donné un Mange-Pokémon en lui expliquant par le détail comment ça marchait, puis tout en nous servant le déjeuner il nous avait parlé de ces terrains autour de sa maison à Dieulefit et on était allés détacher des figues, je crois, dans les arbres en dessous de la terrasse. Je pourrais écrire des pages sur cette magnifique journée qui semblait ne pas devoir s’arrêter. J’ai encore du mal à croire qu’on ne le reverra pas. Pour l’instant je m’accroche, comme d’autres peut-être, à ce mot de "disparition", comme si c’était un truc de magicien, de démultiplication de son existence. Mais je regarde les faits, je lis les informations que vous donnez, et je vois bien moi aussi à quoi ça ressemble, il faut se rendre à l’évidence, comme on dit, et la tristesse reprend, comme un ressac.

David Boratav


Cher Monsieur,
C’est seulement aujourd’hui après quelques jours passés loin des informations que j’apprends la triste nouvelle de la disparition de Bernard. Nous nous connaissions bien puisqu’il a traduit pour la collection « Fiction & Cie » l’auteur américain Robert Coover qui était aussi son ami. Votre frère avait cette vitalité intellectuelle associée à une grande forme physique que l’on trouve chez les arpenteurs de la terre et cette grande énergie était communicative !
Le logo de notre collection, qui est une gravure de William Blake, me vient aussitôt à l’esprit, celui d’un marcheur se hâtant dans le soir, il tient son chapeau d’une main et son bâton de marche dans l’autre, il avance d’un pas large contre le vent. La brutalité de la mort de Bernard me bouleverse mais je ne peux pas m’empêcher de penser aussi qu’il a disparu dans un lieu qu’il lui était cher, emporté par une nature qu’il respectait profondément.
Recevez cher Monsieur, mes sincères condoléances.
Bien tristement,

Flore Roumens


Cher Jacques,

Nous ne nous connaissons pas, je m’appelle Pierre Benetti et j’étais un ami, quoique récent, de Bernard, qui m’a accueilli dans sa maison de Dieulefit. Une habitante, Chloé Peytermann, m’a communiqué votre adresse.

J’ai connu votre frère par l’intermédiaire de Santiago Artozqui, avec lequel j’écris dans la revue En attendant Nadeau. J’étais à Dieulefit en novembre puis en avril, quelques jours avant mon départ au Congo, où je me trouve actuellement. Je garde un souvenir exceptionnel de ces moments vécus à table, au café, en voiture ou en chemin autour de la littérature, des voyages et de nos vies. Bernard a beaucoup marqué le jeune homme que je suis.

C’est donc loin de la Drôme et du Pays de Galles que j’ai appris la nouvelle qui me laisse encore sans voix. Je tenais à vous adresser mes plus profonds sentiments d’amitié et vous dire combien, en dépit de la jeunesse de cette amitié, ou bien justement parce qu’elle a été immédiate, Bernard comptait pour moi.

N’hésitez pas, si cela vous convient, à me transmettre les informations prochaines.

bien chaleureusement à vous,
Pierre Benetti


Bonjour Jacques,
ce matin, la Société des Gens de Lettres est sous le choc. Bernard était notre compagnon de route, notre frère militant, notre ami. C’était un être rare dont nous appréciions tous l’ intelligence, la gentillesse, la profonde originalité. Bernard aimait les gens, il donnait de son temps pour eux, ce qui, il faut bien le dire, n’est pas si courant. Il nous manque déjà.
Nous serons là le 7, à la Maison de la Poésie.
Tristement à vous.
Marie Sellier
Présidente de la SGDL


Cher Monsieur,

La disparition de votre frère m’a frappée de stupeur. Il était si vivant, si plein de projets. Je l’avais rencontré plusieurs fois, mais surtout récemment à saint Nazaire chez Patrick Deville. J’aimais son acuité, sa radicalité sans agressivité. Il était aigu et bon à la fois, mélange rare. Et si talentueux dans son élection des mots. J’étais au Pays de Galles la semaine après sa disparition, dans le même coin, ignorant tout de ce qui s’y était passé. Je revois la mer, les falaises. Cela me laisse sidérée.
Bien à vous, et courage.

Marie Darrieussecq


très cher Jacques,
je suis très touché par la nouvelle de la disparition de ton frère Bernard,
c’était une grande et belle personne,
son érudition était d’une grande jouissance à l’égale de sa bonté ...
nous allons être et devenir de moins en moins nombreux ...
alors à suivre
avec toute ma tendresse
Laurent Marie Joubert


Cher Jacques Hœpffner,

Juste quelques mots, même s’ils semblent toujours dérisoires en pareil cas, pour vous dire à quel point la disparition de Bernard m’affecte. Je le portais en très haute estime. Dans le cadre de mon enseignement de la création littéraire à l’école d’art du Havre, lorsque je réalise un cours sur Sorrentino, il est bien entendu fort tributaire de la façon admirable dont il nous permet de le lire, et je commente régulièrement ses choix de traduction, en me basant sur ce que Bernard m’a raconté de son travail ; pour ne citer que cet exemple. Je l’avais vu au salon du livre de Paris et il était question qu’il intervienne chez nous l’année prochaine, dans le cadre d’une master class.

Et bien entendu, je ne vous apprends rien, c’était un être délicieux d’une générosité intense et, même si nous ne nous voyions que de temps à autres au gré des événements littéraires et présentations en librairie, je sentais une véritable affection entre nous, celle des passionnés du livre, des utopistes, des indociles, ceux qui dédaignent le dieu argent et préfèrent la magie de mots, des travailleurs acharnés, des doux, ceux qui aiment se lover dans des univers littéraires magistraux et en dérouler des circonvolutions essentielles – lui par la traduction, moi par la transmission – afin que, par capillarité, elles colorent le réel et permettent aux rêveurs, aux fous, aux poètes, bref, aux vivants vivants de l’habiter. La terre semble soudain moins agréable et drôle et intense à fouler, sans lui.

Recevez, ainsi que tous les proches de Bernard, le témoignage de ma profonde affection en ce terrible moment. Mes sincères condoléances.
Bien amicalement,

Laure Limongi


Mon cher Jacques je t’aime. Je sais qu’il y a en toi une part de Bernard et cela me fait plaisir. Il était il est vrai unique.
Si je devais mesurer son amitié et sa tendresse, celle que nous partagions, si je devais mesurer ce que cela m’a apporté comme correction du monde, je dirais que cela se situe à l’endroit de la marche la plus haute...
Je vous souhaite à toi et ta famille, Cécile, ta fille et tes proches, tout le bien et la chaleur de la vie ensemble que l’absence de Bernard fait naître en nous.

Avec toute mon amitié et ma fidélité à jamais.

Zahia Rahmani


Jacques,
Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais je vous remercie d’avoir pris le temps de nous réunir, d’avoir su écrire ces mots sur votre frère, sur Bernard.
C’est si violent. Cette violence de la disparition et cette violence du mystère en même temps. Si abrupt ! Comme ces falaises que je ne connais pas et que j’ai vues pour la première fois, sombres, sur le site de la BBC. Emporté par la mer ? Pourquoi ? Comment ? Ces images qui tournent dans ma tête. Les images qui ont tourné dans sa tête quand, accroché à un rocher, il se sentait perdu, il s’est senti perdu. Lui toujours si attendu, soudain seul parmi les éléments, dans le froid, loin de tous, de ses amis, de ses amours. Son effroi des derniers instants me traverse comme une lame, alors que sa voix est toujours là, un peu voilée, laissant certaines affirmations en suspens, à sa manière. Sa voix il y a encore quelques semaines au téléphone. - Il faut que tu viennes à Dieulefit. - Il faut que tu viennes à Lyon. Me redisant une fois encore, au détour d’une phrase, que jamais il ne se déferait de sa boucle d’oreille. Mon dernier mail, quelques jours avant sa disparition et resté sans réponse : je venais de recevoir le programme d’Atlas où se trouvait une photo de lui pour la conférence inaugurale : … j’aime beaucoup ton portrait dans le feuillage en faune inquiétant. Il avait une gueule. Il avait de la gueule. Il était engagé, il défendait ses idées, sans jamais tomber dans l’excès. Jamais je ne l’ai vu en colère.
Nous nous sommes connus à la fin des années 80. Nous débutions dans la traduction, lui en anglais, moi en allemand. Mais comme il était né à Strasbourg, il connaissait aussi l’allemand et nous nous amusions à traduire dans les trains des poèmes de F. B. Steiner, parus ensuite dans La Main de Singe. Des noms reviennent : Claude Riehl, Dominique Poncet, et déjà ses auteurs favoris : Guy Davenport, Gilbert Sorrentino. Des trains qui nous emmenaient à Marseille rejoindre les éditons Agone. Des trains où nous imaginions ce que pourrait être la meilleure traduction possible : prendre le texte à bras le corps, le traduire dans toutes ses variantes et finalement, après tous ces tours et ces détours, recopier consciencieusement le texte de départ à la main, identique à l’orignal et pourtant différent, car lourd de toutes les traductions rejetées dans les pleins et les déliés de l’écriture. Ou bien ajouter une expression ou une phrase, toujours la même, dans toutes nos traductions, comme une signature interlope, ou à la manière de ces peintres du Moyen Age qui se peignaient incognito dans un coin de leur tableau. Car il aimait jouer, il aimait séduire. Il aimait les colloques, les conférences, les rencontres, autant que la solitude du travail. Il avait un nombre impressionnant d’amis, et toujours le temps pour chacun.
Je l’ai fait plusieurs fois venir à Strasbourg, à l’Institut de Traduction et d’Interprétation, où il fascinait ou déboussolait les étudiants par son mélange de provocation et de séduction. Tant que j’aurais l’oeil qui frise…, me disait-il comme un exorcisme au défilement des années. L’âge légal de la retraite étant passé, l’Éducation Nationale a refusé ensuite de l’accueillir, comme s’il n’avait plus rien d’intéressant à dire sur la traduction. Exemple qui montre à lui seul toute la bêtise de l’administration française. C’était plus intelligent avec Bruxelles et les ateliers du CETL, qui savaient apprécier à quel point il pouvait être un bon pédagogue en donnant l’envie de traduire, de jouer avec les mots, mais pas de façon gratuite. Il voulait cerner ce qui toujours se dérobe et, pour atteindre l’autre, se jetait dans les mots comme - j’allais écrire : … comme on se jette à la mer. Mais pas pour se laisser engloutir. Pour atteindre chaque fois un nouveau rivage, quitte à l’inventer. Il était un grand traducteur de grands auteurs, paradoxalement souvent pour de petites maisons d’édition qui savaient accepter ses exigences. Quelle violence que sa disparition. Il est encore trop tôt pour parler de mort romanesque. Il est encore trop tôt pour la mélancolie. L’âme et l’ancolie, disait-il, avec un sourire de jubilation. Un jour, à n’en pas douter, un prix de traduction portera son nom.
Pierre Deshusses


cinq jours.
après l’incrédulité, le bouleversement.
cinq jours que la peine enfle, enfle, comme peut-être l’ultime vague qui -

permettez-moi, cher Jacques Hoepffner, de m’adresser à vous puisque vous nous y invitez, en espérant ne pas trop aviver votre propre chagrin : comme le dit si bien Hervé Le Tellier, les tristesses s’aditionnent et ne se divisent pas.

traductrice et militante dans les deux associations de traducteurs, atlf et atlas, j’ai, avec d’autres amis du conseil d’administration, accompagné Bernard dans cette période pas toujours très sereine pour lui où il a assumé la présidence d’atlas. j’étais vice-présidente et nous essayions de construire ensemble les formes nouvelles de l’association.
il m’avait pour ce faire invitée à Dieulefit - où j’ai découvert un peu de son royaume secret, entre "ses" arbres et son cainet de travail dont je garde en mémoire l’image très précise. ce furent, en dépit des désaccords que nous pouvions avoir, des jours de partage lumineux et complices.

comme tous ceux qui ont eu la chance de connaître l’être hors du commun qu’était Bernard, je ne peux m’empêcher de lui dire, à travers vous, ma reconnaissance.

Catherine Weinzorn


Je dois à Claire Cayron d’avoir rencontré Bernard il y a plus de vingt ans. Je venais de tourner un film avec elle et les affinités entre documentaire et traduction ont été un fil conducteur des gazettes échangées avec celui qui est vite devenu un ami. Prise de risque, interprétation, pressentiment d’un effet de sur-éclairage ou de sous-exposition, importance du hors-champ : tant d’affinités entre les impulsions tactiles, sensuelles, manuelles qui accompagnent la prise de décision dans ces deux artisanats. Bernard avait gardé, de son incarnation en restaurateur d’objets anciens, la nostalgie du "bruit du rabot bien aiguisé sur le beau bois", de la "juste pesée du pinceau". Il avait toujours "du pain sur les planches" et malgré l’immense tâche qu’il s’était donnée, qui l’épuisait parfois et lui "brouillonnait la tête", il restait toujours généreux, attentif, disponible. Je dois beaucoup à ses encouragements, ses conseils, son affection malicieuse. J’ai tourné quelques séquences où on le voit commenter ses choix de traduction pour Hucklelberry Finn et les rendrai bientôt accessibles, afin de partager avec ses amis — inconsolés — un peu de l’inépuisable énergie et de l’exigence qui l’habitaient.

Henry Colomer


Chers amis de Bernard,

Je suis restée muette devant cette disparition, un peu incrédule, un peu abasourdie... à cheval entre mon statut un peu double : celle d’amie et celle d’une partie de la famille... car c’est ce que j’étais pendant sept bonnes années... je sens néanmoins que tous vos témoignages appellent le mien. Voici donc mes souvenirs et mes sentitments...

Il se trouve que pour moi, c’est un second deuil cette année : lorsque j’ai appelé Bernard en février dernier, pour lui annoncer la mort de mon père et lui demander de prévenir le Monde et France Culture, car c’était aussi un grand bonhomme, je ne me doutais guerre qu’à peine trois mois plus tard la même journaliste du Monde écrirait une nécrologie pour Bernard lui-même... j’ai encore du mal à le croire. Les premiers jours j’avais l’impression qu’on était tous dans un jeux inventé par Bernard, et qu’il allait apparaître comme par miracle de quelque recoin de la planète. Mais je connaissais bien aussi son côté sombre, son humeur noire et silencieuse, qui lui rendait les falaises et la houle séduisantes. Il avait le goût du risque, ce qui le rendait aussi intense et passionné par la vie.
Nous nous sommes rencontrés voilà treize ans presque jour pour jour au congrès de l’AFEA à Pau (j’allais écrire Poe), dans le même atelier sur le Bleu - ce bleu-vert qui l’a englouti et qui était dans certaines langues vert-bleu... il parlait du double bind du traducteur, moi du bluest eye... en fait une et même chose car on s’est retrouvé doublement attachés l’un à l’autre, moi à ses yeux bleus, lui à mes yeux verts. Mais nous nous sommes d’abord beaucoup parlé. Puis écrit. Des kilomètres. Surtout lui. Puis croisés... aux Écritures Croisées à Aix. Et à la BN. Et enfin enlacés...

Puis, j’étais partie à Princeton pour une année à la faveur d’une bourse Fulbright/Lurcy, et nous n’avions que les mots pour enjamber l’océan... je lui envoyais mes poèmes, il me renvoyait des dyptiques. Je découvrais l’Amérique, il me gardait la France au chaud. Il est venu à quelques congrès.

Mais nous n’étions pas seuls et notre amour a fait tanguer nos navires. En rentrant en France, le secret ne tenait qu’à un fil. Parfois celui de la voix au téléphone - la sienne était chaude et enjouée - parfois celui du train...

Après le grand déballage et deux divorces, il fallait partir à nouveau en exil - pour moi le seul moyen de garder mes enfants et d’être avec lui... Ce fut donc La Haye. Partis pour un an, restés cinq. Il faut dire que la vie au Pays bas était plutôt douce - les vélos, la plage, les beaux musés, les amis. Mais mon travail, quoique lucratif, était pénible pour une littéraire : je n’ai jamais aimé le droit, et travaillant au TPIY, la littérature me manquait, Paris aussi... du coup, je vivais les joies de Bernard par procuration, j’enviais son efficacité redoutable et sa capacité de travail : mais pour lui qui lisait vite et dormait peu, ce n’était que plaisir. Pour moi, en revanche, la littérature était devenue un luxe. Que je me suis parfois payé - en traduisant des poèmes Croates en français et du Roubaud en Croate. Mais ce n’étaient que des miettes par rapport à une vraie vie de traducteur. Je lui soufflais parfois le mot juste et mes enfants ont aussi servi de sources de vocabulaire, notamment quand il traduisait Huck... mais leurs rapports n’ètait pas toujours faciles.

Il s’échappait dans son ermitage préféré, parfois des semaines, pour s’isoler...

Parfois, nous allions ensemble faire des ateliers de traduction, comme à Sarajevo, ou à Brown et Duke...

Et parfois il était invité à la Baule, parmi les écrivains en bord de mer où j’avais fait connaissance de Roubaud et de Bob Coover... tous ces gens extraordinaires qui l’aimaient et l’appréciaient.

Lorsque l’occasion s’est présentée d’obtenir un travail à Bruxelles, à la faveur de l’entrée de la Croatie dans l’Union, je me suis précipitée là-dessus. Le tribunal devait de toute façon bientôt fermer ses portes. Nouveau déménagement - vers la francophonie, vers la bonne cuisine... vers des traductions plus intéressantes, pour moi... et plus près de Paris.

Mais c’était sans compter sur la grisaille des pavés de Bruxelles, sur les longs horaires de travail, les vols de vélos, le manque de verdure et de cours d’eau dans la ville... Nos amours battaient de l’aile...

Bruxelles ne nous a pas réussi : on ne se voyait plus, on ne se parlait plus, on ne s’écrivait plus... on se boudait (surtout lui)... le lien s’est délité. Au bout d’un an, je lui ai proposé de partir à Dieulefit... et d’y rester. Il n’a pas fait de vagues...

C’était il y a quatre ans. On s’est tous les deux trouvé de nouveaux amours...

Mais on est à jamais liés par cette pile de pages qu’on a produit. Comme un enfant qu’on n’a pas eu, mais qui est quand même là... il voulait le publier, l’a fait lire à ses amis. Moi pas. Ou pas encore. Mais quand il m’a ramené un beau jour ce gros livre relié à ses frais, je me suis dit - bon, s’est consigné... c’est trop long pour que je le lise rapidement, mais je m’y replonge de temps en temps, comme quand on feuillette son journal...

Alors, peut-être un beau jour, si cela intéresse encore quelqu’un, on pourra le lire...

Ainsi, pour moi, Bernard n’est pas perdu. Il m’a donné tout ce qu’il avait à donner et je lui ai rendu la pareille... la perte sera néanmoins celle de la culture française qui a perdu un grand traducteur, et de nous tous qui avons perdu un grand ami, tuteur, père ou frère...

Moi, au passage, j’ai un peu perdu la France, car je suis restée dans l’exile, mais cela c’est aussi l’histoire de ma famille.
Je vous embrasse tous et à bientôt,

Suzanna Matvejevic


"On aimerait pouvoir dire de Bernard Hœpffner ce qu’avait dit Mark Twain en apprenant sa propre mort par un journal : "La nouvelle de ma mort est très exagérée" – anecdote qui ravissait Bernard. On aimerait ne pas croire à la disparition de ce baladin inspiré, ce templier de la traduction, l’imaginer ailleurs, ayant changé d’identité, voyageant sous un autre nom, se réinventant, ne traduisant plus que le vent et le soleil… Sa capacité de travail était titanesque, son enthousiasme radical, ses doutes fructueux. Les projets, il en portait comme un arbre des fruits au plus fort d’un interminable été, il n’y a qu’à aller voir sur son site, où tant de promesses brillent encore pour les années à venir. Le timbre si particulier de sa voix, qui était comme une musique un peu folle à suivre. Ses yeux aux scintillements mêlés, malice et étonnement, juste avant l’éclair du rire. Une poétique de la gourmandise. Une précision d’accordeur de piano. Une culture magnifique, une mémoire délicieusement feuilletée. Le grand motivateur. L’homme au million de feuillets. Non : au cent mille milliards. Chaque traduction exécutée avec l’attention d’un poème. Au fil d’or. Au sourire. Présent en des centaines de livres, comme une ombre portée. Nous laissant seul avec une foule de pages. Seul avec lui disséminé en chacune."

merci de donner ainsi la parole à ceux et celles qui le connaissaient et l’aimaient, cela fait du bien de lire tous ces témoignages au sein de ce vide si brutal,
amitiés

claro


Cher M. Jacques Hoepffner,

Je viens d´apprendre avec une énorme tristesse la disparition de votre
frère Bernard Hoepffner.
Je suis encore sous le choc. Je venais de lire son Portrait du Traducteur
en Escroc, une merveille absolue. Et j´allais aussi lui écrire pour lui
dire toute mon admiration.
Il ya quelques mois j´ai traduit son L’ombilicalité du traducteur en
espagnol, et je lui avais envoyé un premier jet qu´il a gentiment lu et
corrigé.
Il nous a appris à écouter autrement.
Je vous transmets mes sincères condoléances.
Hugo Savino
Madrid


Dear Jacque,

The horrendous news of Bernard’s disappearance at sea is a huge shock and a tragic loss and also an evocative mystery that his family and friends will I imagine unfold in our minds taking different forms and nuances for along time to come. It is of cause Bernard’s story of a life that was complex and extraordinary. Bernard tried to teach me French in the mid 80’s and till now he would tease me and laugh and tell me I was one of his failures. This is why I write to you in English. I first met Bernard in Lyon in the mid 80’s when my partner Tony Fletcher was a young researcher at the CIRC. Bernard taught us French and he soon became a good friend. We never lost touch. He was a loving friend. I can see him in my mind very vividly. I can hear his voice. I can take myself back and remember well those years of the art scene in Lyon and beyond all the way to now. Bernard translated some of my texts for Gallerie L’Ollave as he did for many artists. Bernard loved all art forms. As a creative writer he wrote an eloquent and moving catalogue essay for my exhibition Dangerous Places : Ponar and a wonderful narrated poem for the Liquidators video installation ‘Le retour des Liquidateur.’ On reading these texts again I cannot but be impressed by his depth of feeling, his erudite understanding of memory and trauma and the insights he shared in his writing. He is a creative giant - and an affectionate and loving friend to me and Tony. I cannot yet speak of him in the past. We have such happy memories of times shared together, talking non-stop, eating and drinking in the most convivial of company imaginable.

Bernard tried to put us in touch years ago, i’m sorry that we didn’t meet in happier times - our warmest thoughts are with you and your family. We’ll be there in Paris for the hommage on Wednesday.

Pam


Dear "Jacques",

Nothing more need be said.
but ... (etc).

What comes to mind : ?
Icarus, falling from the sky, into the sea, watched by few.

Bruegel the Elder

For information : your brother & I occasionally exchanged "help" with translation matters
and ... the odd bits of software
and memories from other lives, other times...

Coffee-time in Dieulefit was always good with Bernie.

Bon courage & bestests,
bob whitener / south france


Bonjour Jacques, bonjour Chloé

Nous ne nous sommes jamais croisé mais je souhaitais vous dire à quel point je suis de tout cœur avec vous. La tristesse à laquelle nous livre la disparition de Bernard est très vaste.
Il était un puits de connaissances, de générosité, d’intelligence et d’humour, profond et rafraichissant.

J’ai eu la chance de le rencontrer au début des années 2000 au cours des « Jeudis littéraires » qu’animait Pascale Casanova sur France Culture, en compagnie souvent de Claude Riehl et Dominique Poncet. J’y intervenais comme lecteur et critique et nous sommes devenus amis au fil des livres et de ses traductions. Nous nous retrouvions à Paris ou Bruxelles lors de lectures ou autour d’un verre, half a pint of stout.

Quand il n’était pas possible de se voir, jeter un œil à son site permettait de mesurer l’ampleur du travail qui était en cours. Cela faisait l’effet d’une veilleuse ou d’une fenêtre brillant quelque part dans l’obscurité. Cela était toujours rassurant et plein de promesses. Ses livres perpétuent aujourd’hui cette lumière.

L’intitulé même de son site résume sans doute ce qu’il était :
« Bernard Hoepffner : traduction & co - Free »
Bernard était immense : comme traducteur bien sûr, & co - pour toutes autres choses utiles et agréables ; libre par-dessus tout.
Sur la page d’accueil, il y avait une belle photographie montrant son bureau et la mise en abîme de celui-ci sur l’écran de son ordinateur. Bernard était un maître dans l’usage des chausse-trappes et des doubles-fonds. Figurent désormais les deux rayonnages de ses traductions qui exposent les fruits de son travail passionné. Ce legs est inestimable.

« Police said, based on his accent, he was not thought to be from the UK . » Bernard aurait sûrement souri à cette information de l’avis de recherche le concernant car il était d’Erehwon et de Trapellun, c’est à dire de partout subtilement.

Je l’avais invité début mars à l’école des Beaux-Arts de Bourges où il était venu animer un workshop de traduction. Sa vivacité et sa disponibilité avaient conquis les étudiants et mes collègues. Il était lui-même un jeune homme, libre, d’environ 17 ans à mes yeux. Il a sans doute suscité des vocations, de traducteurs, d’écrivains, de lecteurs assurément. Lire et écrire ont été auprès de lui un jeu joyeux et vivifiant, traduire un acte passionnant.

Bernard était immense. Sa disparition laisse un vide énorme.
Tom Sawyer, Huckleberry Finn et Red le démon sont à nouveau orphelins.
Il est parti en « retôt » et nous laisse « ambilèves » « avec les dents qui sèchent dehors ».

Sa voix, son verbe continuent à résonner dans ses livres et cela est un début de consolation.
Ses mots, ses phrases brilleront longtemps dans la langue française.

Je vous envoie toutes mes condoléances.

Arnaud DESHAYES

PS : Je vous joins deux photos faites à Bourges lors du workshop de mars.


Si Claro dit que les témoignages postés sur le site de Bernard font du bien, alors j’apporte aussi mon témoignage plutôt que d’attendre mercredi prochain et ressasser des souvenirs tristement, les larmes aux yeux et de façon solitaire.
J’ai entendu parler de Bernard la première fois en 2000, en lisant les 2110 pages de sa traduction de l’Anatomie de la mélancolie que je devais recenser pour les Inrocks. J’avais commencé la chronique en disant qu’il faudrait tresser des couronnes de laurier pour ce remarquable traducteur et mentionnais même les effets que cette traduction avait apparemment produits sur celui qui l’avait prise en charge : Burton avait écrit son Anatomie pour s’en guérir et Bernard l’avait traduite dans un but semblable. Pendant des années j’ai lu et lu les traductions de Bernard, à tel point qu’il est peut-être la personne la plus présente dans ma bibliothèque. La liste est longue : tous les Sorrentino, tous les Coover, William Fuchs, William Goyen, Mark Twain, Toby Olson, Curtis White, Robert Antoni, Robert Stone, sans compter Thomas Browne (triste couverture aujourd’hui que celle de ce crâne posé sur les livres) ou les petits joyaux poétiques comme Astrophil et Stella de Sidney ou Trilogie de H.D. Nous avions fait ensemble une présentation des Aventures de Lucky Pierre de Robert Coover dans un séminaire en 2005, même si (comme pour moi) La femme de John était son roman préféré. Il y a beaucoup de souvenirs depuis le début du millénaire : les séminaires sur la littérature américaine contemporaine à Paris 7 (dirigés d’abord par Marc Chénetier puis Antoine Cazé) où Bernard venait de temps en temps surtout quand Robert Coover était présent (la dernière fois au printemps 2015), les rencontres plus détendues à la Baule pour le festival des Ecrivains en bord de mer (la dernière fois, en juillet 2015 où Bernard avait commenté de façon très drôle et vivante sa traduction d’Ulysse).
Depuis l’annonce de ta disparition la semaine dernière, mon cher Bernard (que son frère que je ne connais pas me pardonne cette adresse un peu funèbre) je ne peux m’empêcher de penser que tu as un peu disparu comme Hart Crane, le poète qui m’a tant occupée pendant mes années de thèse : en tombant dans la mer et en t’y noyant. Crane s’est noyé dans le Golfe du Mexique, toi sur une côte galloise que je ne connais pas. Je ne connais que Dylan Thomas et pense à cette occasion aux quelques vers de l’élégie qu’il écrivit pour son père mourant. "Do not go gentle into that good night/Rage rage against the dying of the light".
Repose en paix, mon cher Bernard. Comme l’écrit bien Claro, tu étais l’homme au million de feuillets. C’est ce qu’il nous reste de toi.

J’adresse aussi mes plus sincères condoléances à la famille et aux proches.
Béatrice Pire


Notre rencontre aura été comme entrouvrir un roman.
J’ai perçu ta douceur, ton humour, ton attachement à la terre, ta culture immense. J’ai entrevu les différentes vies que tu avais vécues, les mondes que tu avais visités. J’ai entrebaillé des portes sur tes amours, tes projets. J’ai touché du doigt ton talent de narrateur, ta drôlerie, ton charme élégant, ta curiosité envers toute chose. J’ai aimé te voir dans mon atelier, curieux de technique, toi qui as été artisan, et relevant les citations d’artiste, sûrement mal traduites, accrochées au mur. J’ai rêvé de mes bols, que tu aurais magnifié à la feuille d’or.
Bernard pour moi ici à Dieulefit tu étais comme une île à découvrir, dont je n’avais pas encore la cartographie précise. Mais dont je comptais apprendre à arpenter les espaces, avec soif. J’avais tant de questions ! Tu étais là, et je venais vivre ici. On avait tout le temps, tout était parfait, tout était à faire ! Une amitié dense, naissante.

Le livre reste entrouvert, avec ses quelques pages lues.
Comme un silence écrasant.
Tu me manqueras tant.

Chloé Peytermann
Céramiste


Bernard : un être exceptionnel, intellectuellement et humainement, déjà
si bien décrit par ces nombreux témoignages.
Discussions passionnées, fous rires, complicité, affection... tout cela
me manque déjà. Chagrin indicible.
Mes pensées à sa famille.
Béa, une amie de Bernie
(Béatrice Roudet-Marçu)


Je vis sur un voilier avec Sara et notre fils Zahir. Nous avons passé l’été austral en Nouvelle-Zélande et maintenant c’est la migration imminente avec les poissons et les oiseaux pour retrouver la chaleur des tropiques.
Bernard a été emporté par la mer et ça me touche parce que c’est la disparition qui guette les marins. Sara s’est envolée pour la Nouvelle-Calédonie hier et je vais faire la traversée seul quand les vents seront favorables. Sara me dit "Si tu disparais en mer, je te tue".
En perdant Bernard, je perd la filiation intellectuelle des Hoepffner. Il incarnait dans la famille la fibre littéraire. J’ai cette image de lui qui se lève tôt le matin pour écrire et je projète cette image sur moi-même, pour mon projet de livre. Le livre pour lequel je prend des notes aujourd’hui et que je composerai une fois le voilier vendu. Nous avons passé quelques temps avec lui à Dieulefit quand Sara était enceinte. J’aurais aimé en revenant en France écrire à Dieulefit avec lui pour retrouver cette atmosphère de travail dans la nature, sous la vigne et sous le figuier.
Dur de n’avoir pas le corps pour bien s’assurer qu’il n’est plus là, et pour justifier d’une cérémonie ; un corps autour duquel se retrouver. C’est comme si la mémoire de Bernard devait être là où son corps se trouve, aussi infidèle puisse son cadavre être de la présence de mon oncle. Mais sa mémoire n’est plus dans son corps aujourd’hui, elle est dans les témoignages de ses amis et dans notre mémoire. Elle est dans ses livres et disséminée chez ceux qui ont suivi ses enseignements.
Aussi inadéquate que puisse être la mort à quelqu’un qu’on aime, je trouve que cette mort lui va assez, poétique et mystérieuse. Inscrit à l’hôtel sous le nom d’un de ses personnages, il a brouillé les pistes, et offert quelques semaines à sa noyade. Ce sont les quelques semaines de la "liberté de sa mort". Comme pour la jambe cassée avant le plâtre, comme pour les contractions avant la maternité, comme pour la supernova avant que ses rayons nous atteignent.

Lors, montant sur ses grand chevaux,
la mort brandit la longue faux
d’agronome
qu’elle serait dans son linceul.
Et faucha d’un seul coup d’un seul,
Le bonhomme.

Comme il n’avait pas l’air content,
elle lui dit : "Ca fait longtemps
que je t’aime...
et notre hymen à tous les deux
était prévu depuis le jour de
ton baptême"

Si tu te couches dans mes bras
Alors la vie te semblera
plus facile.
Tu y seras hors de portée
Des chiens des loups des hommes et des
Imbéciles.

Vas-y Bernard, fais comme l’oncle Archibald de Brassens et trouve dans nos cœurs le chemin des cieux.

Jérôme Hoepffner



C’est une des images que nous gardons de lui. C’était l’été 2007, sous le figuier des Bas Ubacs à Dieulefit.
Michel et Laurence Hoepffner


Quelques mots comme on dépose une fleur sur un cercueil, puisque Bernard a apparemment décidé de se passer de cette chose et que je ne pourrai pas être parmi vous le 7 juin (je suis bien certaine que la Maison de la Poésie sera trop petite, de toute façon !).
En lisant les autres témoignages, je suis frappée par le fait que probablement des centaines et peut-être même des milliers de personnes avaient l’impression d’entretenir une relation particulière avec Bernard, qu’ils l’aient croisé le temps d’une soirée ou qu’ils l’aient connu pendant des décennies. Je pense que c’est lié à la qualité de sa présence à l’autre.
En ce qui me concerne, j’ai rencontré Bernard il y a une quinzaine d’année, quand je suis entrée en traduction et parallèlement aux conseils de l’ATLF et d’ATLAS où nous n’avons cessé de nous côtoyer. Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai l’impression qu’il a toujours été là : rue de Vaugirard, à l’hôtel de Massa, dans les festivals et les librairies, et surtout à Arles, à Arles, à Arles, où je n’ai jamais manqué une occasion d’entendre le maître en traduction qu’il était. Il était toujours là et il sera toujours là. Une présence, encore une fois.
Il me reste à suivre le conseil qu’il m’avait donné un jour que je lui avouais (confession banale) que je n’avais jamais pu aller jusqu’au bout d’Ulysse. Malicieux, il m’avait répondu à peu près ceci : « Malheureuse, tu as dû essayer en commençant par le début et en lisant dans l’ordre… Prends un passage au hasard, ça ira mieux ! ».
Voilà le souvenir que je garderai de Bernard-aux-mille-vies : celui d’un homme d’une grande délicatesse et dont l’œil pétillant rendait la vie plus jolie.
Cécile Deniard, collègue et amie.


I first met Bernard in September of 2014, but we’d been corresponding for a year before that. I think of Bernard as having been a man of letters is the truest and fullest sense : a man who lived by the artful composition, arrangement and interpretation of texts – and a man who wrote letters and received them ; moreover, from his missives alone I developed a view of Bernard as a man who embodied in his mode of living the intellectual ideals of the 18th century corresponding societies – he was also a peripatetic man, whose letters were beacons, sending out the message that although absent he was yet among us. In common with many who knew Bernard, I’m sure, I’ve been looking back over the emails we exchanged – in person I found Bernard warm, idiosyncratic, wry, naïve, sophisticated, laughing and melancholic – at once possessed of amour propre and charmingly self-deprecating : we had a coffee beside Shakespeare & Co in Paris, which could, I suppose, be construed as something of a cliché for a translator of ‘Ulysses’ and the author of a Joycean novel he was still in the process of translating.
My novel, ‘Umbrella’, had, Bernard told me, taken him twice as long to translate as any other contemporary novel he’d worked on. Much of our lengthy correspondence had been concerned, therefore, with recondite matters of English slang, and the infinitely subtle gradations between the literal and the idiomatic required if one language is to be impressed upon the syntactical clay of another. Bernard’s observations on my text were invariably surprising as well as acute : he understood perfectly well what I was trying to do, and sought to add his own vast treasure trove of knowledge to the myriad specific cultural references, factoids and allusions that made up this textual palimpsest.
The relationship which obtains between a writer and his translator is, it strikes me as fairly obvious, a powerfully intimate one. It doesn’t surprise me that many writers refuse to engage with the translators of their books – especially if they’re novelists. All fiction is autobiography in the truest sense : the codified fulfilment of its author’s wishes – while all translation is a form of original composition, as Borges demonstrates so effectively in his fragment, Pierre Menard, Author of the Quixote, a text Bernard and I both admired. It follows, surely, that an author and his translator, by assuming the same metier in relation to the same object, become dizygotic twins, born of the same text, and different imaginations.
And certainly, when I met Bernard in person, sitting on that terrace, I felt a strange mirroring between us : two thin, greying men, dressed in blue, wisps of blue-brown cigarette smoke wreathing us in the Parisian sunlight. We were both walkers – who liked to stray off the beaten track. My own life – like Bernard’s – had been typified by periods of reclusion and more familial life. I envied Bernard what we would call in English his ‘handiness’ – he spoke to me of his time farming, his work with early computers, and other craftsmanship. Dr Johnson said a man who can’t work with his hands is stupid – but I felt stupid beside Bernard for perfectly intellectual reasons : for the sad fact is that I am unable to fluently read the beautiful translations he made of my two novels, ‘Umbrella’ and ‘Shark’. Bernard remains, therefore, the real arbiter of theses texts’ qualities – he travelled through their semantic looking glass, and saw them from two entirely different perspectives.
I had dinner with Bernard in February at Terminus du Nord in Paris : we spoke of many things – Bernard was no tight-mouthed and emotionally aseptic Anglo-Saxon : he spoke his truth. We discussed the text he’d begun work on in the 1980s, when he’d written a computer programme which disallowed him from typing the same word twice. He said he’d send me a fragment of this mechanised Oulipo-influenced exercise – and when he did, a week or so later, I was struck by its odd beauty. We talked about the third volume of my trilogy, and I humbly asked if he’d consider working on it. He agreed to do so. I felt Bernard was, perhaps, looking at life through a slightly tinted glass – but not a particularly dark one. I feel deeply honoured that he lent his great erudition and artistry to this creative project – one which remains unfinished. Because of this, because of the manner of his departure, but mostly due to Bernard’s intense intellectual, perceptual and sensual vitality – I cannot think of him as altogether gone. And so I picture him as a companion to Kafka’s eternal wanderer in his eponymous tale, The Hunter Gracchus ; who, after falling into a ravine, remains poised between life and death, and who says of the next world : ‘I am forever on the great stair that leads up to it. On that infinitely wide and spacious stair I clamber about, sometimes up, sometimes down, sometimes on the right, sometimes on the left, always in motion. The hunter has been turned into a butterfly. Do not laugh.’
Bernard was – and is – it seems to me, both a fearless hunter and a dancing butterfly. That was – and is – his genius. We cry, certainly – but yes : we also defy his eternal companion, and laugh.

Will Self, London 5th June, 2017


J’ai vu Bernard pour la première fois en septembre 2014, mais nous correspondions déjà depuis un an à l’époque. Pour moi, Bernard était un homme de lettres, au vrai sens du terme, au sens plein : un homme qui passait sa vie à composer artistement, à arranger, à interpréter des textes — et un homme qui écrivait et recevait des lettres. D’ailleurs, à la lecture de ses missives, j’ai vu en Bernard une incarnation, par sa façon de vivre, de l’idéal intellectuel des sociétés épistolières du 18ème siècle. Et il était aussi un homme itinérant, dont les lettres étaient des balises annonçant que, même absent, il était toujours parmi nous. Tout comme beaucoup de ceux qui ont connu Bernard, j’en suis sûr, j’ai relu les e-mails que nous avions échangés. En tant que personne, je trouvais Bernard chaleureux, original, désabusé, naïf, sophistiqué, rieur et mélancolique, mêlant un fort amour propre à une autodérision charmante. Nous buvions un café à côté de Shakespeare & Co, à Paris, ce qui, je suppose, pourrait être interprété comme un cliché pour un traducteur d’Ulysse et l’auteur d’un roman joycien qu’il était encore en train de traduire.
La traduction de mon roman Parapluie, m’a-t-il dit, lui avait pris deux fois plus de temps que celle de tout autre roman contemporain qu’il avait entreprise. Une bonne part de notre longue correspondance avait donc porté sur d’obscures questions d’argot anglais et les gradations infiniment subtiles entre le littéral et l’idiomatique que requiert l’insertion d’une langue dans l’argile syntaxique d’une autre. Les observations de Bernard sur mon texte étaient toujours aussi surprenantes que fines : il comprenait parfaitement ce que j’essayais de faire et s’ingéniait à ajouter son propre trésor de connaissances à la myriade de références culturelles spécifiques, de faits et d’allusions qui constituaient ce palimpseste textuel.
La relation qui s’établit entre un auteur et son traducteur est — cela me paraît tout à fait évident — une relation puissamment intime. Je ne suis pas surpris que nombre d’auteurs rechignent à échanger avec leurs traducteurs — surtout s’ils sont romanciers. Toute fiction est authentiquement autobiographique : c’est l’accomplissement codifié des désirs de l’auteur, tandis qu’une traduction est une forme de composition originale, ainsi que Borges le démontre si efficacement dans sa nouvelle Pierre Ménard auteur du Quichote, un texte que Bernard et moi admirions tous deux. De là vient sans doute que l’auteur et son traducteur, exerçant le même métier en relation avec le même objet, sont comme des jumeaux dizygotes, nés du même texte mais d’imaginaires différents.
Et assurément, lorsque j’ai rencontré Bernard en personne, assis sur cette terrasse, j’ai ressenti un étrange effet de miroir : deux hommes minces et grisonnants, vêtus de bleu, enveloppés de fumeroles de cigarette bleu brun dans le crépuscule parisien. Nous étions tous deux des marcheurs, qui aimaient s’écarter des sentiers battus. Ma vie — comme celle de Bernard — était caractérisée par des périodes de réclusion et de vie plus familiale. J’enviais à Bernard son aptitude manuelle. Il me parlait de ses expériences agricoles, de sa découverte des premiers ordinateurs, de ses autres savoirs artisanaux. Le Dr Johnson a dit qu’un homme qui ne sait pas travailler de ses mains est un idiot — mais je me sentais idiot à côté de Bernard pour des raisons parfaitement intellectuelles : pour le triste fait que j’étais incapable de lire couramment les belles traductions qu’il avait faites de mes romans Parapluie et Shark. Bernard reste par conséquent le seul arbitre des qualités de ces textes : il a traversé leur miroir sémantique et les a regardés de deux points de vue entièrement différents.
J’ai dîné avec lui en février au Terminus Nord, à Paris. Nous avons abordé de nombreux sujets — Bernard n’avait pas la langue dans sa poche, n’était pas un anglo-saxon émotionnellement aseptisé. Nous avons discuté du texte qu’il avait commencé à écrire dans les années 1980, et pour lequel il avait conçu un programme informatique qui lui interdisait de taper deux fois le même mot. Il a promis de m’envoyer un extrait de cet exercice oulipien mécanisé et, quand je l’ai reçu, une semaine plus tard, j’ai été frappé par sa beauté bizarre. Nous avons parlé du troisième volume de ma trilogie et je lui ai humblement demandé s’il envisageait de le traduire. Il a accepté. Il me semble que Bernard regardait la vie à travers des lunettes non pas noires mais légèrement fumées. Je suis profondément honoré qu’il ait prêté sa grande érudition et son sens artistique à ce projet créatif — qui reste inachevé. A cause de cela, et à cause des circonstances de son départ, mais surtout en raison de l’intense vitalité intellectuelle, perceptive et sensuelle de Bernard, je ne peux l’imaginer complètement disparu. Alors je me le représente comme un compagnon de l’éternel voyageur de Kafka, Le Chasseur Gracchus de la nouvelle éponyme, qui dit à propos de l’au-delà : « Je suis toujours sur le grand escalier qui y monte. Je ne cesse de vagabonder sur cet immense escalier, tantôt en haut, tantôt en bas, à droite, à gauche, sans cesse en mouvement. Le chasseur s’est transformé en papillon. Ne riez pas. »
Bernard était — est —, me semble-t-il, à la fois un chasseur intrépide et un papillon dansant. C’était — c’est — son génie. Nous pleurons, certes, mais oui : nous défions aussi son éternel compagnon, et nous rions.

Will Self, Londres, le 5 juin 2005.


Cher Jacques Hoepffner, merci beaucoup d’avoir offert ce lieu pour loger tous les témoignages de ses amis de lettres, si nombreux, si intéressants, si émouvants...

Vous le savez bien, Bernard avait de nombreux amis à Dieulefit, il y connaissait presque tout le monde... chacun l’appréciait, quand il remontait la rue du Bourg, sac au dos, il ne pouvait pas faire dix mètres sans claquer des bises à l’un ou l’autre. Il était amical, facile de contact, très chaleureux. A Dieulefit, depuis un mois, c’est un peu comme une tornade, des mots que les oreilles rejettent, qui nous abasourdissent et nous tombent dessus durs et drus comme des grêlons. Une mauvaise blague ? puis non... un choc, un roc, de la tristesse qui monte avec les informations qui vont et viennent, se démentent, se confortent, s’entrecroisent et nous laissent finalement apprendre que Bernard a disparu. Des larmes, beaucoup de larmes secrètes. Un mois aujourd’hui.

Hier, nous nous sommes réunis, à la librairie Sauts et Gambades d’Anne-Laure Reboul, rue du Bourg, à l’initiative conjointe d’un peu tous, on avait juste besoin de boire un verre à la mémoire de Bernard, de parler, de se voir. Cette librairie est une des fiertés du pays et Bernard avait été un des premiers à soutenir Anne-Laure dans son installation. C’était un moment simple.
Ce que l’on voudrait surtout vous dire, cher Jacques, c’est que nous avons décidé, tous ensemble, d’organiser un hommage à Bernard dans la librairie dieulefitoise, en mai 2018, au moment annuel des journées de la traduction. Cela durerait une semaine. On y rassemblerait les 220 livres traduits par Bernard - 220 livres ! se rend-on bien compte de la force de travail de cet homme ! heureusement qu’il ne dormait que 4 ou 5 heures par nuit ! il travaillait tout le temps, intensément, il aimait intensément traduire. On serait très heureux si l’un ou l’autre - ou plusieurs, ou beaucoup - des écrivains et traducteurs qui se sont manifestés acceptaient de venir présenter quelque chose, du travail de Bernard avec eux ou du leur, de celui de l’écriture ou de celui de la traduction. On les accueillerait en résidence, on est nombreux et on a de grandes maisons ! C’est dans un an, onze mois maintenant, cela nous laisse le temps de nous organiser.

Avec nos amitiés aux amis de Bernard que nous ne connaissons pas encore

Bernard et Catherine Desroches, pour Giulia Archer, Jean-Noël Bachès, Guillaume Bardet, Sylvie Drieu, Catherine Goffaux, Anne-Laure et Régis Reboul, Alex Reid, Jean-Christian Riff, Henri et Jeanne-Marie Simonot, Muriel Taylor, Marie Zighéra


Le premier cadeau de mon père dont je me souvienne, c’était un serpent articulé. Ce serpent racontait l’histoire d’un serpent dévoreur de mots. Il était fait de petites planchettes de bois reliées entre elle par des rubans. Il y avait une phrase soigneusement imprimée sur chaque planchette et, pour voir la suite, il fallait incliner la planchette qu’on venait de lire ; elle basculait alors le long des autres, en découvrant la planchette et l’inscription suivantes, et on avait l’impression que le serpent dévorait sa proie. 
Quand j’étais petite fille, Bernard était un inconnu pour moi. Il s’est rapproché de mon enfance avec des jeux de mots et de langage, pour essayer de trouver un humour en commun, un moyen de communiquer entre nous. Il m’envoyait de longues lettres, écrites de son écriture toute petite, ou des histoires qu’il avait inventées pour moi, et qui étaient illustrées de ses propres dessins.
Je ne pouvais jamais lui parler de trucs typiques de filles, comme les fêtes ou les amis, c’était toujours la philosophie - des débats interminables entre nous. Je sais que vous n’allez pas me croire, vu mon horrible accent, mais il m’a fait entrer dans un monde où j’ai appris à être une jeune fille française, en plus d’une jeune fille anglaise, et c’est une chose qui me tient très à cœur.
C’était un grand romantique, un vrai pacifiste, un idéaliste passionné qui ne faisait pas de compromis et ne s’excusait pas de vivre selon ses valeurs. Malheureusement, avec ça venait la douleur quand le monde n’était pas à la hauteur de principes aussi élevés. Je crois que la disparition d’un être d’une telle fidélité à ses convictions va être une grande perte pour le monde. Malgré cette désillusion il avait trouvé en la littérature des mondes idylliques et aussi une grande amie. Il s’amusait toujours des idiosyncrasies de la langue, de la vie propre des mots et des expressions ainsi que de leur transformation au fil du temps. Il avait une affection énorme pour les auteurs qu’il traduisait. Il aimait beaucoup le Jazz, et ses textes préférés étaient un peu comme du Jazz mis en mots.
Je crois qu’il était un peu étonné de se trouver dans sa position de succès dans le monde littéraire. Il se sentait plus à l’aise sous l’étiquette d’“artisan manuel“ que sous celle d’“intellectuel“ Mais il estimait que la vie était faite pour construire quelque chose d’important : si c’était une petite ferme pierre après pierre, ou si c’était une grande œuvre de traduction mot après mot ; il consacrait alors toute son énergie à la tâche, infatigablement, jusqu’à ce qu’elle soit finie. C’était normal pour lui de commencer à travailler vers 5 heures du matin et de passer la journée à son bureau.
Il n’aimait pas trop la mer, là où nous habitons en Andalousie - trop calme, trop de soleil. Il adorait les côtes méchantes avec des nuages noirs, un vent cinglant et des vagues comme des monstres. Un des premiers romans qu’il m’a donné (un parmi une liste longue et difficile, liste qui a finalement cassé ma résistance), était Pincher Martin de William Golding - l’histoire d’un homme qui fait naufrage dans l’Atlantique et qui s’invente une longue aventure de survie pendant ses derniers instants, accroché à un rocher.
Nous n’avions pas du tout un lien traditionnel de père–fille, et nous avons lutté pendant des années difficiles pour négocier ce que nous pouvions être l’un à l’autre. Mais je suis si contente que nous ayons persévéré parce que ce que nous avons atteint dans la décennie passée a été vraiment beau. Il m’a enseigné des qualités a suivre et nous nous aimions très fort.
Le dernier cadeau que je lui ai offert, au mois de mars, c’était un dessin de méduse que j’avais fait pour lui au crayon de couleur. C’est très étrange, parce que, dans les derniers moments de sa vie, on l’a vu accompagné d’une énorme méduse à crinière de lion qui nageait à côté de lui.
Bernard, Yves, Marie, Pierre, Hoepffner aurait été ravi par l’histoire de sa mort. J’ai passé une grande partie de ma jeunesse à essayer de comprendre sa vie, et maintenant j’essaye de sonder sa mort. Était-ce l’appel irrésistible des sirènes à s’immerger dans cette nature si sauvage et belle ?... ou simplement le moment idéal pour clore le récit ? Comme dit mon fis Pancho : « Grand-papa Bernard - c’est une énigme ! » 
J’aurais dit qu’il laisse un grand vide dans ma vie, mais maintenant, je vois qu’il la remplit abondamment ! 
 
Chloé Pettersson née Clotilde Hoepffner


It is with sorrow that I report the passing of Bernard Hoepffner (1946-2017), the belauded French translator of many Anglophone authors and works, including Mark Twain, James Joyce, Robert Burton, Martin Amis, Edmund White, and Robert Coover, as well as my Counternarratives —his masterpiece of a translation appeared last year. (...)
I never had the pleasure of meeting Bernard Hoepffner in person, but over the span of a year, and as recently as April of this year, we had exchanged emails, first about the collection of stories, and, more recently, about a volume of his long correspondence with the late American writer Guy Davenport, another original in the world of literature, that he hoped to place with a US publisher. As a translator, he was as much as an editor as any I have ever worked with, and his subtle readings of my English were often so perceptive that they enlightened me to what I had intuitively achieved—or only thought I had. Sometimes he would ask questions that forced me to justify choices, such as whether there were "falls" on a river—I was able to find links saying that there were—and whether an anachronism like "scenario" (which entered English only in 1878, as he reminded me), was appropriate for a story whose bulk was set in the 17th century. It was, I was able to say, because the story itself opens in the present, shifts back in time, and the narrative voice is constitutively unstable. In other cases, he caught errors produced by my pen listening more to my ear than eye, which then allowed me to rectify them in English and, upon his translation, French (and now, any other language).

When I communicated with him, Bernard was generous and rigorous, often witty, and capacious in his knowledge and sense of how English prose might become and work as French. As a writer and a translator, I learned a considerable deal from our exchanges, and I am applying our lessons as I write and translate new work this summer. I only wish I had been able to go to France late last summer when the book launched, which also would have provided an opportunity to meet not just my French publishers, Éditions Cambourakis, but Bernard as well. His influence among his peers in terms of opening up the body of English-language for French publishers and readers was and is significant. On his personal site, you can see how rich his trove of translations, as well as other literary and artistic projects, actually is.(...) I also hope someone will publish those Davenport letters ; reading Davenport alone provides a rich education, so I can only imagine how enlightening Davenport and Hoepffner in conversation will be.

John Keene

Messages

  • Dear Jacques,

    I was so sorry to hear of Bernard’s death. I never had the pleasure of meeting him but over the course of him translating my novel ’Resistance’ we exchanged many emails, all of which were more like letters, filled as they were his sensitive and intelligent thoughts, insights and enquiries. As a Welshman who knows St David’s Head well it’s good to know that we shared a love of the Welsh landscape - a love that shone through in his questions and observations. The next time I’m walking that coastal path I’ll make sure to read some poems there in his memory. May he live on in the voices to which he gave new words and languages.

    Diolch o galon, to him and to you.

  • En novembre 2015, Bernard Hoeppfner avait accepté de rencontrer des élèves de 1ère du lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire. Rayonnant, il avait répondu avec malice et humour à leurs questions pendant deux heures et su merveilleusement transmettre à ces adolescents de 17 ans sa passion sans concession pour la littérature. Sa sincérité, sa générosité, sa simplicité et sa modestie ne rendaient que plus éclatantes l’étendue de son savoir et la richesse de sa personnalité.
    Un moment rare et inoubliable, offert par un homme rare et inoubliable. L’échange avec les jeunes avait été si riche qu’il ne demandait qu’à revenir.

    Les élèves ont réalisé un compte-rendu de cette rencontre. C’est en rapportant simplement leurs mots que je souhaiterais lui rendre hommage, l’hommage de la jeunesse à sa jeunesse d’esprit :

    « Un homme passionné, libre et très ouvert d’esprit, répondant à nos questions avec le sourire et ajoutant très souvent une touche d’humour à ses propos… Agé aujourd’hui de 69 ans, il reste toutefois un homme jeune d’esprit et d’allure, volontiers gai et fantasque… Cette rencontre a été très enrichissante et l’occasion de découvrir le métier de traducteur, une profession à laquelle il a contribué à donner ses lettres de noblesse. » Lou

    « Une rencontre mêlant joie et bonne humeur. Monsieur Hoepffner est doté d’un caractère vif et enjoué. » Léa

    « Bernard Hoeppfner nous a parlé avec passion de son métier qu’il considère comme une chose essentielle à son existence… Rencontrer un artiste ayant parcouru un chemin si extraordinaire m’a passionné… Je nous trouve chanceux de rencontrer des gens aussi complets et intéressants. » Lison

    « La joie et la bonne humeur ont été de mise durant la rencontre avec un invité très intéressé par la rencontre, qui a pu transmettre son savoir et sa façon de penser. Nous avons adoré la franchise et l’humour de ce personnage haut en couleur. » Quentin

    « Il était très sympathique, captivant et amusant. Il nous a donné ses points de vue et des conseils sur sa profession et a su rester simple et agréable tout au long de la rencontre. » Victor

    « J’ai trouvé Bernard Hoepffner très drôle, par exemple quand il disait avec humour qu’il ne traduit que des livres compliqués pour ne pas que les éditeurs se rendent compte qu’il traduit mal… C’était captivant et on voyait bien qu’il était passionné par ce qu’il faisait. » Judith

    « Une très belle expérience. » Christophe

    « Après le grouillot, vous aurez le Trouillot » [les élèves devaient rencontrer le lendemain l’écrivain Lyonel Trouillot et le mot de « grouillot » était venu à la bouche de Bernard Hoeppfner à propos du métier de traducteur, si mal considéré souvent par les éditeurs], c’est ainsi que le traducteur commence la rencontre, enchanté par son propre jeu de mot. Il installe ainsi la bonne humeur pour toute la durée de la rencontre ». Typhaine

    « Les élèves ont apprécié la franchise et l’humour de ce personnage haut en couleur… La rencontre [avec Lyonel Trouillot] a été elle aussi appréciée, mais peut-être moins fortement qu’après l’engouement provoqué par le passage de Bernard Hoepffner, sûrement parce qu’il avait mis la barre très haut. » Quentin

    « Bernard Hoepffner s’exprime avec certitude et modestie… La rencontre nous a ouvert l’esprit… et on aura vu les élèves repartir de la salle avec des rêves en tête. » Flora

    Il nous reste le souvenir et les rêves.
    Marc Thibault, Lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire

  • Bernard n’est plus. Inimaginable. J’ai beau y penser, c’est impensable. Parce qu’il avait traduit Anatomie de la mélancolie de Richard Burton, je voulais qu’il traduise Moo Pak de Gabriel Josipovici. L’évidence d’un lien. A mon grand étonnement, lui dont je devais découvrir au fil du temps la culture immense, ne connaissait pas le travail de Gabriel. Il décréta son importance d’un « Dis donc, Josipovici, c’est vachement bien. Je vais tout lire. Et traduire. » Claro traduisit le suivant, Tout passe, je me fis presqu’engueuler. Bernard, je l’ai aimé d’emblée parce qu’il était cash, enthousiaste, joyeusement bien frappé, magnifiquement drôle. Il donnait souvent l’impression d’avoir vécu mille vies. D’en inventer autant à travers des anecdotes précises qui tombaient comme de son chapeau, gypsy du verbe fait chair, amoureux des mots tout autant que des femmes, qu’il aimait charmer. Il pouvait aussi être brut de décoffrage s’il était touché à cœur : il ne cachait alors pas la tristesse qui pouvait l’affecter pourpeu qu’il se sente en confiance. On avait un amour commun : l’Océan, sa force indomptable, sa sauvagerie, cette vigueur qui vide l’esprit et rend zen. Une mer étale et calme au Pays de Galles, I would have preferred. Down deep I keep thinking of you.

  • J’ai peu connu Bernard mais tiens à adresser à ses proches mes sincères condoléances.

    Vivant comme il m’apparaissait, qu’il ne le soit plus me semble incongru. Puis, la tristesse vient.

    Courage à tous ceux qui l’ont côtoyé et sont dans la peine,

    M.

  • Cher Bernard, on nous dit que tu as disparu et depuis, la vie a un peu perdu de ses couleurs, mais je crois que ce mystère qui nous dépasse, tu feins d’en être l’organisateur, comme aurait pu dire Cocteau. Tu brilleras toujours quelque part dans la galaxie, et je n’envisage pas une seconde de parler de toi au passé tant tu as toujours été et resteras présent dans nos vies, dans la mienne, avec ton sourire de faune, tes combats, tes enthousiasmes. Tant de discussions partagées, la traduction, toujours la traduction, mais pas seulement, et ta grande gentillesse, ta bienveillance. Merci pour tout cela et bien plus, et so long, querido Bernard.

  • Curieux du monde, ouvert aux autres, rayonnant de plénitude, voila spontanément quelques uns des traits forts qui caractérisaient Bernard. On pouvait discuter avec lui posément des sujets les plus variés. Sa voix était douce. L’empathie l’habitait. Bernard enseigna, un temps, l’Anglais à Lyon dans le cadre de la formation professionnelle. Ouverture d’esprit et sérénité, complétées par une bonne dose d’impertinence, faisaient de lui un pédagogue talentueux, apprécié de tous. Bernard savait aussi parfaitement enseigner le français. Lui soumettre un texte en relecture et bénéficier de la perspicacité de ses critiques, étaient une source d’enrichissement garantie. Nous avons eu la chance de nous croiser et de partager ensemble des bons moments. Merci Bernard pour l’empreinte que tu laisses dans nos esprits !

  • Lost in Brussels

    À B...

    perdue à toi
    à jamais
    éperdu
    en mer
    morbleu

    mort bleue des
    corps morants
    de froidure
    figé
    Nemo
    à jamais parti courtiser
    les méduses à crinière

    médusée là
    moi sans toi
    (ni lue ni connue)
    à jamais
    dérivant des
    courants
    contraires

    sous une pluie
    de sueur
    au détour des rues
    brussellaires
    je cherche
    des mots
    de toi
    perdus sous la
    poussière
    des jours
    jadis à jamais
    toi c’est l’écume que
    tu préfères
    enfin
    que tu aimes mieux
    ne pas

    te tromper de trompinette
    au lieux de t’entourer de fleurs
    tu n’aguère cherchais la guérison sous l’écritoire
    las
    tu t’es glissé glacé sur les galets
    sous les jupons gallois
    de ta merlancolie, maîtresse
    à jamais
    j’aimais la mer
    mais là...

  • Cher Monsieur,

    J’apprends seulement aujourd’hui la triste nouvelle de la disparition de Bernard Hoepffner.

    Il animait quelques uns des ateliers du CETL que j’avais brièvement suivis il y a une dizaine d’années.

    Il nous impressionnait beaucoup en tant que formateur car on le sentait animé d’une véritable passion pour les mots et avait à cœur de nous transmettre l’enthousiasme qu’il mettait à traduire. Ajouté à cela, il forçait le respect par son humilité, ne rechignant pas à venir partager la pause-déjeuner des étudiants dans le quelconque petit centre commercial d’Uccles et discuter avec nous de littérature autour d’un café, quand il aurait pu se draper dans sa position de traducteur émérite. Il aimait le dialogue et nous parlait souvent de sa passion pour le jazz, dont il comparait le rythme à celui de la langue littéraire. Il nous évoquait aussi sa famille, et particulièrement sa fille pour qui il racontait malicieusement avoir composé un acrostiche sur le prénom Chloé dans sa traduction d’Ulysse.

    Ces brèves mais riches rencontres remontent à loin mais j’y ai souvent repensé au cours des années et elles restent certainement gravées comme autant de moments de grâce dans le cœur de beaucoup d’étudiants passés du CETL.

    Je vous transmets mes sincères condoléances, ainsi qu’à ses amis

    Florence

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