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Définition de Zoellner

Traduction : Bernard Hoepffner


Définition. Action de déterminer, de préciser une idée ; déclaration ecclésiastique. Enoncé précis de la nature essentielle d’une chose.


Nom. Combinaison spécifique de sons verbaux servant à désigner individuellement une personne ou chose unique.


Nommer. Désigner une personne ou chose par son nom correct.

La mère de Zoellner (dont le nom était aussi Zoellner) décida de l’appeler Léon. Son père préférait ’Max’, mais aujourd’hui sur son certificat de naissance (ainsi que d’autres documents rangés dans des armoires dans divers bâtiments un peu partout) il est identifié comme Léon — Léon Zoellner. Selon Zoellner le prénom est un accessoire qui n’a de nécessité (peut-être) que du fait de la complexité de la population mondiale. Toutes les fois qu’il pense à la forme de lui-même il voit le mot Zoellner. Comme la plupart des gens, Zoellner est intrigué par le nom qui sert à l’identifier. Dans l’annuaire téléphonique il n’y avait qu’un seul autre Zoellner, un architecte aux initiales R. L. qu’il n’avait jamais rencontré. Il ne trouva que trois noms commençant par Z dans le Dictionnaire des Noms de Famille de Basil Cottle : Zeal, Zeller et Zouch.


Homme. Etre humain mâle et adulte. Créature humaine considérée dans l’abstrait. Les caractères spirituels et matériels d’une personne humaine ; par extension le corps physique d’un homme.

Zoellner a toutes les apparences d’un homme.


Visage. Partie antérieure de la tête, du front au menton ; la contenance en tant qu’expression du sentiment ou du caractère ; une contenance possédant une expression spécifique.


Contenance. Apparence, la manière d’être du visage ; comportement.

Il a l’air d’être en deuil, ou en train de se rappeler quelque chose ; il y a ce flou un peu trouble chez Zoellner. Il a l’air d’écouter avec attention ; ou d’attendre quelque chose. Le visage s’est rempli, plus rond, s’est plissé et fixé de façon plus ou moins naturelle dans le moule de ces exigences. Il y a aussi la persévérance reconnue de ses années. Celle-ci peut tout à coup s’attacher à un autre visage, ou un pied, un objet métallique, une foule, ou une montagne dans le lointain. Pour être exact, le regard de Zoellner glisse trop rapidement sur ces objets. Il est enthousiaste. Une chose est bizarre cependant : se regardant dans les miroirs, il a des difficultés à se décrire. Peut-être que Zoellner est fatigué de son visage familier, déçu par les lignes, les expressions inéluctables.


Peau. Tégument continu et flexible formant l’enveloppe habituelle du corps des animaux.

C’est quelque chose d’assez extraordinaire. La façon qu’elle a de s’étirer pour épouser la forme compliquée des oreilles de Zoellner, et autres endroits. Les cheveux poussent directement à travers elle sans provoquer de perte de sang. Autour des lèvres, pourtant, elle saigne quelquefois après que Zoellner se rase. Sa peau est grise comme la pierre des bâtiments d’une ville. Mais en se regardant il voit un corps vertical capable de locomotion, et aucun des subtils détails de la peau.


Yeux. Organe de la vue, comprenant quelquefois les parties annexes. Faculté de perception et de discrimination des objets visuels.

Installés dans un fluide, ses yeux bougent dans sa tête. Apparemment actionnés par de souples fils métalliques, ils bougent librement sans douleur. Les siens sont de la couleur d’une noix mouillée. Zoellner en est certain : il préfèrerait être sourd qu’aveugle. Il s’émerveille obstinément devant les couchers de soleil, les pigeons qui s’envolent des arbres en tournoyant, les cascades (et l’eau de pluie qui déborde des gouttières bouchées), les dents des femmes, les processions, devant d’énormes peintures murales. Dernièrement il a observé des scènes de misère humaine, en croyant peut-être que la vue de l’horreur et des émotions originelles lui révèleront quelques uns des fondements de la connaissance. Zoellner a pleuré, mais tout comme la plupart des hommes — ou s’ils ne l’ont pas fait ils ont eu envie de le faire. Zoellner lit. La plupart des mots produisent le même mouvement : un homme poursuit Dieu, ou une baleine blanche, l’or, les papillons, les femmes, les scélérats, etc. Zoellner se demande pourquoi ils prennent la peine d’organiser ces mots. Dans d’autres livres qu’il lit, un homme poursuit de mystérieuses abstractions telles que l’amour, la vérité, la puissance, le respect, la revanche et la réalité. Zoellner se tient devant un miroir et examine toutes les sections de son visage. Ses yeux l’abusent. Pour toucher son oreille gauche dans le miroir il est d’abord nécessaire de trouver son oreille droite. Cela le surprend toujours. Quand il ne lit pas ou ne se regarde pas dans les miroirs il s’imagine lui-même : il voit sa forme marchant vers lui.


Lunetté, ée. Pourvu ou porteur de lunettes. Elément de noms d’oiseaux et d’animaux qui auraient des marques en forme de lunettes ou semblent porter des lunettes.

Sous certains angles le verre reflète la lumière subitement et avec une telle intensité que ses yeux sont invisibles. Les montures sont en plastique brun. Elles sont apparemment nécessaires sur sa tête. Il les enlève (il en a pris l’habitude) et se frotte les yeux. La vue de Zoellner est de plus en plus mauvaise. Quand il subit un test on lui demande de reconnaître des lettres de sa langue imprimées sur un tableau mural en lignes dont la taille diminue rapidement. On ne lui demande pas de reconnaître des images ou des montagnes, ou une forêt, ou le visage de quelqu’un.


Bouche. Orifice externe d’un corps animal servant à ingérer la nourriture, ainsi que la cavité avec laquelle cet orifice communique et qui contient l’appareil masticateur et les organes de production vocale.

Celle-ci est en général horizontale et assez grande. Dans le rire, elle se tord et ondule pour former un cercle approximatif ; lors du rasage, elle est étirée en triangles mous ; en baillant, la fente devient un œuf noir, et ses dents saillent tout à coup à l’intérieur. Le rire de Zoellner est soudain et réservé ; il est en même temps généreux et franc. Il s’étonne de ce que la peau de ses lèvres est plus douce et d’une couleur différente que ne l’est le reste de son visage. Souvent, il respire par la bouche. Il fait tomber de la nourriture dans la cavité, la mâche, la roule vers l’arrière, avale la boule, recommence. En fait Zoellner a arrêté de prendre plaisir au goût de la nourriture. Avec sa bouche il touche les lèvres d’autres personnes. Il a remarqué plus d’une fois que les conversations entre les gens sont composées de questions. En y pensant il presse ses lèvres et sa bouche devient toute petite, les lèvres elles-mêmes sont pleines de toutes petites lignes verticales.


Voix. Sons formés dans ou émis par le larynx humain lors de la parole, du chant ou de toute autre articulation vocale ; expression ou articulation humaine véhiculée par des vibrations sonores. Ensemble de sons considérés comme caractéristiques d’une personne et la distinguant d’une autre ou d’autres personnes.

Il remue sa bouche. On pourrait dire que Zoellner enroule sa voix autour de ses mots ; chaque syllabe roule tout doucement dans la suivante : ses mots ont les extrémités pelucheuses : invisibles dans l’air, les phrases encerclent. Une voix prudente, pas très forte. Peut-être est-il cynique envers la mort ? C’est l’impression que donne sa voix. Après avoir produit une affirmation il la questionnera — et là on le reconnait bien — en ajoutant, « Mmmmm ? » Dernièrement il a baissé la voix en milieu de phrase ; ceux qui écoutent se penchent en avant, avec un léger bruissement. Il questionne tout de suite les autres pour vérifier leurs affirmations — s’il y a de la place, si c’est possible. Ses mots semblent montrer du doigt. Dans sa langue, la lettre qui va le mieux à sa voix est le R qu’on roule. Ainsi les mots sont-ils offerts. Il entend le bruit de sa propre voix. Et puis les mots ne sont plus là. Il pense que les mots qu’on dit sont une preuve du présent, quelle qu’en soit la fugacité. Mais pas du passé ; car les mots, toujours visibles, l’ont quitté, hors d’atteinte. Et pas du futur ; car Zoellner n’a pas encore remué sa bouche pour re-commencer sa voix.


Cigarette. Petit cigare fait d’un peu de tabac finement haché, enroulé dans un papier fin, etc., que l’on fume.

Sur son visage saille le tube blanc fabriqué par une machine, son bout rouge animé de fumée argentée. Zoellner fait descendre la fumée dans sa gorge et la laisse remplir son corps. Là elle pénètre les moindres recoins et s’installe partout. Zoellner ferme les yeux à moitié. Il a rempli les interstices de son corps d’un nuage. Elle s’échappe par son nez.


Dents. Excroissances dures à l’intérieur de la bouche, implantées en une ligne sur les deux maxillaires chez la plupart des vertébrés excepté les oiseaux, munies de pointes, de bords, ou de surfaces de broyage, pour mordre, déchirer, ou triturer la nourriture solide.

Zoellner ne se sent pas à l’aise (a toujours des appréhensions) quand il casse des noix avec ses dents. Pourtant ses dents sont décrites comme « admirables »par plusieurs dentistes. Cinq endroits seulement ont été réparés, ou « plombés »comme on dit : des tiges d’acier, des lampes et des fraises sont dirigées vers l’intérieur de la bouche, les trous remplis d’un mélange de mercure et de ciment durable. Ses plombages ne sont visibles que quand Zoellner baille. Les dents sont en général verticales ; elles ont l’apparence d’os polis. Au milieu se dressent les plus grandes ; mais de ce groupe, celle qui est à la gauche de Zoellner est un peu de travers. La fumée de ses cigarettes tache ses dents, le jaune plus visible à l’avant. Zoellner a une autre habitude : il ferme la bouche et frotte l’arrière de ses dents avec le bout de sa langue. Ceci ne peut évidemment pas être vu par d’autres, quand la taille, la forme, la couleur et l’espacement de ses dents sont de même invisibles.


Nez. Partie saillante de la tête ou visage chez l’homme et l’animal située au dessus de la bouche et qui abrite les narines.

Les entrées des narines de Zoellner sont partiellement obstruées par des poils : en plus ils dépassent de son nez. Ses narines sont sombres et plutôt larges. Le nez lui-même n’est pas extrêmement grand, mais donne l’impression d’être mou et poreux, ceci (sans doute) causé par les centaines de minuscules trous noirs. Ceux-ci peuvent être vus en se tenant très près de son visage. Son nez n’a rien d’extraordinaire, et Zoellner lui même y pense rarement. Quand il souffle avec ses narines dans un tissu pour enlever le mucus il entend le bruit (d’autres l’entendent aussi) : haut, sonore un court instant, traînant vers la fin. Zoellner se demande pourquoi c’est nécessaire. D’autres animaux : enlèvent-ils du mucus ? Couché à côté d’une femme son menton plus haut que le visage de celle-ci. En levant son regard elle remarque (c’est un angle de vue rare) son nez comme une forme inconnue plus apparentée au bout bizarre de son menton. De cette position son visage a une apparence par trop ronde, sculptée, étrangère et peu attrayante. Zoellner touche son nez avec sa main.


Oreille. L’organe de l’ouïe chez l’homme et chez les animaux. Elle est composée de l’oreille externe, de l’oreille moyenne, et de l’oreille interne, ou labyrinthe.

Son père avait formulé ces mots bien des années auparavant. « Il vaut mieux avoir les oreilles coupées, que de ne jamais comprendre pourquoi elle ont été accrochées sur ta tête. » Elles sont en fait des appareils auxiliaires dépassant des côtés de la tête, en partie camouflées par les cheveux. Ses oreilles sont d’un rouge profond, comparées au reste de son visage. Zoellner voit qu’elles deviennent de plus en plus grandes et bulbeuses (boursouflées, bosselées) avec l’âge. Encore visible, le labyrinthe vaguement circulaire doit canaliser les notes d’un orchestre jusque dans son cerveau. Ces replis ramassent aussi vent et poussière. Il écoute les actions et les voix qui l’entourent. Il lui est quelquefois nécessaire de tourner son oreille en direction du bruit. Le bruit, pour lui, semble vrai et solide, si vrai qu’il est impossible de l’éviter ; c’est cependant, le plus temporaire de ses indicateurs de temps et de réalité. Il touche ses oreilles. S’il pince avec ses doigts, la chair est insensible.


Poils. Filaments qui naissent du tégument des animaux, et surtout de la peau de la plupart des mammifères, dont ils forment la couverture caractéristique. Appelés cheveux sur le crâne de l’homme.

Zoellner perd les cheveux qu’il a sur la tête comme s’il était resté trop près de quelque explosion atomique. Le matin il se réveille avec des mèches de cheveux abandonnées à côté de lui. La limite de ses cheveux bat en retraite vers l’arrière de sa tête. Leur couleur a changé, ils sont devenus d’un gris poussiéreux et des trouées révèlent la peau nue. Pire, il s’aperçoit que les poils autour de son menton ont presque arrêté de pousser. Il n’a plus besoin de se raser que tous les trois jours. Il regarde son visage dans le miroir. Les cheveux sur sa tête sont régulièrement coupés par un autre homme.


Bras. Membre supérieur du corps humain, de l’épaule à la main ; le segment compris entre le coude et la main s’appelant l’avant-bras.

La longueur et la position des bras établissent ses proportions. Il pense à d’autres animaux. Debout, ses bras pendent le long de ses côtés et se courbent vers l’extérieur là où ils touchent son corps, le bout de ses doigts atteint le milieu entre son aine et son genou. Ses bras se balancent quand il marche et il semble se pencher en avant pour garder son équilibre. Il montre du doigt, serre des mains ; il a de nombreuses fois placé un bras autour des tailles et des épaules d’hommes et de femmes. Il s’appuie sur son coude. Par habitude Zoellner se sert de son bras droit plus que du gauche. Il écrit avec cette main.


Jambe. Un des organes du support et de la locomotion dans le corps de certains animaux ; dans son sens étroit, le segment du membre entre le genou et le pied.

Ses jambes sont maintenant minces et pâles, quoique invisibles sous des couches d’étoffe. Le soir, elles le portent dans les rues. Là on voit sa forme se déplacer entre les surfaces plates et figées des bâtiments. Il marche sans penser à son mouvement ; une jambe se met brusquement en avant de l’autre. Son esprit a fait migrer son corps dans quelque autre endroit, une autre situation compliquée. Et il a l’air d’être autre part. La rue est enduite d’une épaisse lumière jaune.


Pénis. Organe de l’intromission et de la copulation de tous les animaux mâles.

Celui-ci se balance dans l’air entre ses jambes et s’installe à l’horizontale quand il s’assied, les jambes croisées. Il peut être vu quand il urine : le pénis ridé, gris par manque de soleil, comme si, dans la forêt un rocher mouillé qu’on soulève l’avait tout à coup découvert. Il paraît insensible entre ses deux ou trois doigts, et pendant ce temps, pendant que son corps est drainé, il joue avec le fluide de long en large en dessins circulaires. Zoellner regarde. S’insérant dans le corps d’une partenaire, faisant des efforts, il est tout à coup rempli d’un sentiment de profonde mélancolie et de futilité, ou bien il pense à d’autres femmes, des problèmes fragmentaires, des mots.


Taille. Dimension verticale de la base au sommet.

Pieds nus Zoellner mesure 5 pieds 6 pouces 3/4. Ce qui, en système métrique, représente 1,68 mètre. Il pèse aussi 114 lbs. (51,71 kilos). Avec la taille qu’il a, son poids est estimé inférieur au poids idéal. Zoellner est jugé comme étant un spécimen de poids insuffisant. Il pense plus à l’espace qu’il remplit (approx. 7 cu. ft., ou 0,1981 m3) et aux volumes d’air qu’il respire. Il croit en général que les mesures de distance (et de temps) ne sont rien de plus que des encoches arbitraires. L’intérêt qu’il porte à l’espace est, évidemment, une autre question.


Petit, e. Qui a peu de dimension longitudinale. Des personnes : de courte stature.

Zoellner est tenu pour être une personne petite. La plupart des autres personnes seraient d’accord.


Vêtements. Objets pour couvrir les personnes ; habillement.

Zoellner couvre son corps avec le même type de vêtements qu’on porte en ce moment au Pakistan, en Indonésie, au Royaume Uni, en Argentine, au Chili, en Allemagne, au Québec, au Japon, en Russie, en Pologne, en Angleterre, en Grande Bretagne, etc., etc. Ceux-ci consistent en chemise, cravate, pantalon, veste. Le corps des hommes est ainsi couvert. Il y a peu d’éléments de décoration dans la sélection faite par Zoellner. Il ressent cependant l’étoffe posée sur la forme de lui-même. En dessous du tissu, son corps bouge. Il marche le long de la rue.


Âge. Période d’existence. La durée normale de vie dans son entier.

Il a 52,7 ans. C’est une mesure liée aux mouvements du soleil et de la lune ; en dehors de ça, quand Zoellner essaye de sentir le poids de ces années, elles semblent former une période vide, sans bord : une masse imprécise. Zoellner essaye de localiser exactement sa position sur son propre cycle incurvé. Où en est-il en ce moment ? Il est forcé de juger de son âge en utilisant d’autres méthodes : est-ce que 47 est moyen ? A cet âge il est passé de l’autre côté du milieu, dans un groupe minoritaire en diminution. Dans son pays, 68,7 est l’âge moyen de la mort. Ses deux parents sont morts : il est le membre de la famille Zoellner restant qui se dirige vers elle.


Réalité. Caractère de ce qui est réel ou possède une existence en fait.


Langue. Ensemble complet des mots, avec les méthodes pour les combiner, qui sont communs à une nation, un peuple, ou une race. Mots et leurs combinaisons utilisées pour l’expression de la pensée.


Mots. Expression verbale ; utilisée par une langue pour indiquer une chose, un attribut ou une relation.